‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 30 sur 74 · I . C'est le nom du traître qui livra Troie aux Grecs · texte numérisé non relu

I . C'est le nom du traître qui livra Troie aux Grecs

Deux Lapins sans expérience, De leur côté, dans le pré s'amusoient, Trottinoient, broutoient, se baisoient, Sur leur derrière se posoient Et jouoient en toute innocence.

Ils aperçoivent le Renard Avec son mouvant étendard.

On examine, on fait silence, On dresse l'oreille, on balance, On tient conseil pour fuir, mais le rusé cafard A l'air si doux, si bénin, si tranquille.

Qu'ignorant les pièges de l'art.

Ces étourdis restent dans leur asile ; Aux Lapins, comme à nous, la raison vient trop tard.

Ils font plus; l'un d'eux se hasarde : « Vois-tu, dit-il, ses yeux caressans et sereins? Comme il est tendre alors qu'il nous regarde!

Il a l'air d'aimer les lapins.

Que craignons-nous? » Bientôt leur effroi cesse; On avance un pas, et puis deux, Et, guettant le moment, l'animal cauteleux, A chaque pas qu'ils font redouble de tendresse.

Bien confians et bien joyeux, Les voilà près de lui, voilà qu'il les caresse. Qu'il les réjouit de son mieux ; Et nos Jeannots sont vraiment dans l'ivresse; Ils trouvent un ami, leur sort est trop heureux. Un vieux lièvre passoit; Dieu sait s'il alloit vite :

« Fuyez, leur dit-il en courant,

Fuyez, ou gare le Cocyte! »

L'avis est inutile autant qu'il est prudent. Les deux infortunés veulent en vain le suivre,

Le Renard les happe à l'instant Et vous les croque aufrais, pour leur apprendre à vivre. Vous, admis dans le monde à la fleur de vos ans, Vous êtes entourés de gens instruits à feindre ;

Et rien pour vous n'est plus à craindre

Que l'air aff'able des méchans.

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