A LA
BARONNE DE NEUKERQUE
ENFIN, te voilà de retour Dans ce pays de fous aimables, Chez ces François recommandables Par le caprice et par rameur; Peuple charmant qui déifie Tout ce c[ui vient pour l'embellir; Qui, sage avec étourderie, Suit toujours l'attrait du désir, Et depuis deux siècles s''ennuie En courant après le plaisir.
Des travers et des ridicules Tu vas voir le tableau mouvant; Cent jolis riens, peu de scrupules ; Des ardeurs qu'emporte le vent; De jeunes seigneurs bien volages, Bien aimables, bien insolens ; Et des bouffons, soi-disant sages;
Et des héros de temps en temps.
Qu'aurois-tu fait dans ta Hollande, Où l'on ignore le bon ton, Et d'où nous viennent, me dit-on, Les vapeurs et la contrebande?
On n'y voit que de gros marchands Entêtés de leurs pâturages, Des nymphes pressant leurs laitages, Et des animaux calculans, Qui, sur les bords d'une onde pure, Semés de bosquets enchanteurs, Promènent leur lourde structure, Viennent enfumer la verdure Et souiller le parfum des fleurs; Qui, jamais des tendres caresses Ne ressentant l'aimable feu, Préfèrent Barrême à Chaulieu, • Et leurs pipes à leurs maîtresses.
Et les amours, dans ce climat, Ont-ils les manières plus douces?
Ce sont des espèces de mousses Toujours pendus à quelque mât, Des navigateurs intrépides, Ronflant, jurant sur des vaisseaux, Ou qui nagent entre deux eaux Pour faire peur aux Néréides.
Que dire, hélas ! d'un tel pays, Et des habitans qu'il rassemble?
Il faut y loger, ce me semble,
Nos matelots et nos maris.
Parmi nous fixe ton empire.
Nous seuls pouvons sentir le prix
De ces traits si bien assortis
Pour intéresser, pour séduire;
De ta bouche aux vives couleurs
Où la volupté semble éclore.
Où badine l'amant de Flore,
Qui croit voltiger sur des fleurs;
De cette belle chevelure
Qui se joue en mille replis.
Et, sans se charger de rubis.
Est elle-même une parure ;
De ces innombrables attraits
Que l'Amour seul pourroit décrire,
Et que sans doute il n'a point faits
Pour l'œil d'un bourguemestre épais
Qui ne sait pas comme on soupire.
Et qui ne l'apprendra jamais.
Ici la beauté souveraine Nous fait des plaisirs de ses lois ; Et nous encensons notre reine Pour la mieux tromper quelquefois Elle en impose au plus volage; Le plus téméraire la craint.
Et les dieux mêmes qu'elle peint Sont oubliés pour leur image.
Quels myrtes frais tu vas cueillir!
Ils se plaisent sur nos rivages.
Que nous allons l'offrir d'hommages!
Que nos femmes vont te haïr!
Il faut l'attendre à leurs cabales, A leurs justes ressentimens :
Elles aiment peu leurs amans, Mais détestent bien leurs rivales.
Tu n'auras plus que de beaux jours :
Malgré leur jalouse colère, Devant toi marcheront toujours Le grand étendard de Cythère Et la phalange des Amours.
Pour ton époux, je le révère :
Mais qu'il reste où le sort l'a mis; Et qu'il regrette en son pays Les péchés qu'ici tu fais faire.