‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 44 sur 74 · A LA NOUVELLE HÉBÉ · texte numérisé non relu

A LA NOUVELLE HÉBÉ

IL est une Hébé douairière, Qui verse à boire dans les cieux, Va promenant, de dieux en dieux, El sa guirlande, et son aiguière, Et sa jeunesse séculaire.

Moi, je connois Hébé d'Hervieux, Qu'à son ancienne je préfère.

Semblable à la fleur printanière, À l'Amour, cjuand il a des yeux, Son sourire fait des heureux.

Jugez si son cœur en doit faire.

Paroît-elle, on est amoureux ; On soupire, en attendant mieux :

Elle nous tient par mille nœuds.

Et nous enivre sur la terre.

Toi, dont la grâce est le seul fard, Toi, la seule Hébé que j'adore, Je t'écris ces vers au hasard, Et j'ai tant pris de ton nectar Que la tête m'en tourne encore.

Joli minois, esprit charmant.

Babil qui plaît par sa finesse, Poésies de Dorât. i 5

Dans toi, tout séduit, intéresse,

Tout décèle ce sentiment

Qui sert d'excuse à la foiblesse,

Et de nouveau piège à l'amant.

Eh ! dis-moi donc ; l'Hébé qu'on cite

A-t-elle ces vives couleurs,

Ce teint qui fait pâlir les fleurs,

Qui les efi^ace ou les imite ?

A-t-elle ce port, ce maintien,

Ce front où la gaîté respire ;

Ces beaux yeux qui disent si bien

Ce que ton âme leur fait dire?

Cette taille aux légers contours;

Et ce pied, délicat augure

Qui donne au désir la mesure

Du sanctuaire des amours?

A-t-elle enfin par excellence

Ces mouvemens si déliés,

Ces balancemens variés.

Et mesurés par la cadence;

Ces bras flexibles, cette aisance,

Ces pas ~avec art mariés.

Et la souplesse de ta danse?

Riante image du printemps.

Triomphe; Hébé te rend les armes :

Tu l'emportes par les talens, Et par le nombre de tes charmes, Et par celui de tes amans.

Alcide adora l'immortelle ; Et, si ma mémoire est fidèle, On lit, aux fastes de Paphos, Qu'il fêta tant de fois la belle Que ce fut un de ses travaux.

Je n'ai point d'orgueil ridicule :

Je t'avouerai de bonne foi Que je ne suis point un Hercule., Mais je le deviendrois pour toi.

A M. DE CHAMFORT Auteur d'un Eloge de La Fonlaine.

QUELQUE part que soit le bonhomme.

Dieu le sait, moi je n'en sais rien.

Je suis sûr qu'il te veut du bien, Et qu'il sourit dès qu'on te nomme.

Le voilà ce cher paresseux, Si négligé pendant sa vie, Elevant son front radieux Que couronne une académie !

On sait enfin l'apprécier!

Dans son portrait sa grâce éclate, Et ta louange délicate Rafraîchit encor son laurier.

Tu nous mets dans la confidence De ses pacifiques humeurs, Et nous découvres l'alliance De ses talens avec ses mœurs.

Très finement tu nous exposes Le mystère de ses écrits, Et les fleurs que tu décomposes Ne perdent point leur coloris.

Tu nous peins sa philosojthic Qui fut un instinct précieux; Sa nonchalante bonhomie, Un sens droit caché sous les jeux, Une foule de mots heureux Qui font rire jusqu'à l'envie; Sa piquante naïveté, Et sa simplessc et sa gaîté, Et la bêtise du génie.

Du fond des immortels réduits, A cette heure il te dit peut-èire :

« Ma foi! je ne croyois pas être Si grand homme que je le suis.

Quoi ! là-haut encore on me cite, Moi, très modeste fablier!

Vous venez (Je m'initier Dans le secret de mon mérite.

Si c'est un piège qu'on me tend, C'est avec plaisir que j'y donne.

Dans ce beau portrait qui m'étonne, L'esprit se montre à chaque instant; Et je crois, Dieu me le pardonne, Que mes Renards n'en ont pas tant. »

Mais où va ma Muse infidèle Que souvent je suis malgré moi?

Peintre charmant, ce n'est qu'à toi De faire parler ton modèle.

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