‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 50 sur 74 · RACINE A M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

RACINE A M. DE VOLTAIRE

Sur les Commentaires de Corneille.

J'ai lu ton docte commentaire :

Car les heureux de ce pays S'entretiennent de tes écrits, Et par cœur savent leur Voltaire.

Mort d'enthousiasme à vingt ans, Un de tes zélés partisans, Qui t'adore et méprise Homère, Depuis peu descendu céans.

Nous a prêté son exemplaire.

Que de lumières! que de sens! Ton cœur est pur et sans envie :

Il a dicté tes jugemens.

Ce Farnabius qui m'ennuie, Ce Scaliger, triste et fougueux, Tous ces pédans volumineux.

Qui firent bâiller ma patrie, En te lisant, on les oublie, Et tu vas l'emporter sur eux.

Ici, rédacteur infaillible.

Pesant la pensée et les vers,

Tu prononces l'arrêt terrible

Qui va détromper l'univers;

Là, quittant, pour le persiflage,

Le ton froid d'un dissertateur.

Tu sais, grâce à ton goût volage,

Folâtrer avec ton lecteur.

Quel art! quelle heureuse magie!

Le Pinde est soumis à tes lois.

Tantôt, sur la l yre ennoblie,

Tu daignes célébrer les rois;

Tantôt résonne sous tes doigts

Le tambourin de la Folie.

Profond ou léger, à ton choix.

Tu composas des vers tragiques.

Erotiques, métaphysiques;

Tu fis de longs panégyriques

Et des satires quelquefois.

Par une influence secrète,

Tu fus historien, rhéteur,

Grand moraliste, grand poète,

Et te voilà commentateur.

Et puis citez votre Malherbe,

Admirateurs impertinens !

Exaltez le siècle superbe

Des Sarazins et des Racans,

Ou celui qui, plus vain encore.

D'un Boileau, d'un Chaulieu s'honore,

Et crut voir briller des talens

Dont il n'aperçut que l'aurore!

Le tien, qu'on cherche à déprimer, Le tien, Voltaire, a l'avantage, Et toi seul as su le former.

Heureux tous les sots de notre âge Que tu voudras bien estimer !

Humblement je te remercie D'avoir, avec tant de bonté, Sur mon talent ressuscité Abaissé l'œil de ton génie.

Tu fixes pour mon Athalie

L'incertaine postérité,

Qui va la placer h côté

De ton admirable Olympie,

Dont le bûcher est si vanté.

Avec plus de sévérité

Tu juges l'aîné des Corneilles.

Que deviennent tant de merveilles

Au creuset de la Vérité?

De l'Europe usurpant l'estime.

Le bonhomme, jusqu'à présent,

Sur parole étoit cru sublime.

Enfin, de son trône il descend.

Ce n'est plus qu'un triste plaisant,

Un déclamateur indécent.

Que jamais un beau feu n'anime.

Et qui manque le sentiment

Si bien exprimé dans Zuiime.

Poésies de Dorât. ' 7

l3o ÉPURES

Tu le poursuis à chaque mot, Cet écrivain que l'on renomme, Et veux prouver qu'il est un sot.

En disant qu'il est un grand homme.

Mais ne crains rien de ses fureurs :

L'autre jour, sous un vert feuillage.

Mêlé de lauriers et de fleurs, Corneille d'un tranquille ombrage Goûtoit le frais et les douceurs.

J'osai lui lire ton ouvrage; Il dit (ce calme m'étonna) :

« Voltaire est homme, il est Injuste; Il conspire comme Cinna :

Je dois pardonner comme Auguste.

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