MES MŒURS
OUI, bien qu'au siècle dix-huitième, J'ai des mœurs, j'ose m'en vanter; Je sais chérir et respecter La femme de l'ami qui m'aime; Si sa fille a de la beauté, C'est une rose que j'envie :
Mais la rose est en sûreté , Quand l'amitié me la confie.
Après quelques foibies soupirs, Je me fais une jouissance Du sacrifice des désirs.
Et ne veux point que mes plaisirs Coûtent des pleurs à l'innocence.
Mais il est des femmes de bien.
Femmes, qui plus est, d'importance, Et, Dieu merci, sans conséquence, Qui sont du célibat en France Et la ressource et le soutien; Qui, pour peu qu'on ait un maintien, Vous traitent avec indulgence.
Et vous dégagent du lien D'une gothique bienséance :
De ces dames-là, j'en convien.
J'use OU j'abuse en conscience, Sans jamais me reprocher rien ; Le mari même m'en dispense.
Je sais trop bien ce qu'on leur doit Pour me permettre aucun scrupule; C'est une bague cjui circule, Et que chacun met à son doigt.