BILLET A MADEMOISELLE
Qui me proposoit d'aller dans un désert passer un niois avec elle.
UN mois, dans un désert! es-tu de bonne foi? Qui, toi, vive, aimable et légère, Dans un désert, et surtout avec moi, L'amant le moins champêtre et le moins solitaire! On t'adore en ces lieux; ils sont ornés par toi : Doit-on abandonner les lieux où l'on sait plaire? Quelquefois, pour rêver, l'Amour quitte Cythère; Mais il faut, du moins je le croi.
Il faut toujours une cour à sa mère.
Va, laissons ce projet; soyons de notre temps : Ton front brillant des roses du bel âge, Ton doux sourire, tes talens.
Sont-ils faits pour un ermitage?
Il vaut mieux sous sa main avoir tous ses amans ; On peut vouloir être volage; Cela s'est vu de temps en temps :
Que devenir alors dans un antre sauvage? Ne vois-tu pas d'ici perdre déjà courage
Deux tristes cœurs, forcés d'être constans ?
Suivons donc la route ordinaire; Souffrir mes vœux, et puis les rejeter, Paroître, tour à tour, indulgente et sévère, T'embellir, chaque jour, pour mieux me tourmenter,
Me désoler, à force de me plaire, Me prendre par humeur, en riant me quitter, A la ville, en un mois, tout cela se peut faire.