XIV DORAT
Joseph Dorât, dont le patrimoine fut évalué à dix mille francs de rente, mourut en laissant des dettes considérables. On assure qu'il paya souvent des spectateurs pour applaudir ses mauvaises pièces, et que les vignettes de ses livres coûtèrent beaucoup d'argent, non seulement à ses éditeurs, mais encore à lui-même. Quoi qu'il en soit, le rimeur, tant fêté à une certaine époque, était dans la détresse lorsqu'il succomba le 29 avril I 780. — // avait dirigé, sans profit aucun, le Journal des Dames, pendant une année (1777- 1778)'. — Deux de ses maîtresses, M'"^ la comtesse Fanny de Beauharnais , aimable femme, mais écrivain d'un mince talent, dont il fut le collaborateur anonyme, et M"*" Alexandrine Fanicr, de la Comédie-Française, lui donnèrent des soins assidus, et même des secours pécuniaires, dans cette profonde misère qui hâta sa fin. Beauniarchais lui rendit service également.
Le matin de sa mort, le pauvre chevalier se fit coiffer et habiller, comme s'il avait dû partir pour rendre une visite de cérénwnie; le curé de Saint- Sulpice étant venu le voir, le malade l'accueillit avec
I . Presque tous les opuscules publiés par Dorât, sous ce titre : Coup d'ail sur la littérature, parurent d'abord dansle Journal des Daines. Ce sont des contes en prose, des lettres amoureuses et de courtes études littéraires et philosophiques. Tout cela est dénué d'intérêt; Dorât prosateur mérite l'oubli le plus complet.