LE VOYAGEUR
Comme un malheureux écuyer Qui, sans argent et sans bagage, Cherche partout son chevalier Qu'un enchanteur a mis en cage, Chevauchant sur son palefroi, Mal en point, tout en désarroi, Ami, j'achève mon voyage.
Regrettant ma maîtresse et toi; Tout le jour battu de l'orage, Le soir arrivant morfondu Dans une triste hôtellerie Où jamais on n'est attendu, Où chacun gèle, jeûne et crie, Y soupant mal, partant matin, Et, qui plus est, sur mon chemin Rencontrant parfois, dès l'aurore.
Des ennuyeux pires encore Que les vents, le froid et la faim.
Un pauvre diable, je l'avoue, Prendroit à moins un peu d'humeur; Mais qu'y faire? le sort se joue Et de l'homme et du voyageur.
Sur la mer il est des tempêtes.
Sur terre d'ennuyeux conteurs; Tous les jours ne sont pas des fêtes; Et l'infortune arme les cœurs.
Avec du temps et du courage On touche au but de ses travaux; On y jouit mieux d'un repos Qui nous a coûté davantage.
Auprès du feu, le verre en main.
L'on raconte son Odyssée :
Chacun nous écoute et nous plaint; On rit de la peine passée, On en jouit par la pensée
En la comparant au présent, Et son image retracée Ajoute au plaisir du moment.