‹ Œuvres choisiesChapitre 48 sur 67 · AU COMMENCEMENT DE 1.' ANNEE · texte numérisé non relu

AU COMMENCEMENT DE 1.' ANNEE

Si dans ce jour anniversaire J'avois quelques vœux à former, J'en ferois pour l'amant sincère Occupé de se faire aimer; Pour la tendre et jeune bergère Qu'un secret penchant vient charmer, Qui craint, hésite, délibère.

Veut et ne veut pas s'enflammer; Contre ce vieux atrabilaire Aux sens flétris, au cœur glacé, Prôneur ennuyeux du passé, Blâmant ce qu'il ne peut plus faire; Contre ces malheureux époux Qui, ne sachant point l'art de plaire, Osent pourtant être jaloux...

Ne désirant qu'avec sagesse, A celle-ci j'aurois voulu Pouvoir donner plus de vertu,

A celle-là plus de foiblesse; Aux uns moins de légèreté, Aux autres moins de suffisance, A tous plus de sincérité, Moins d'esprit que de vérité.

Plus de candeur que d'éloquence, Plus d'amour que de vanité.

Mais, dans la longue kyrielle Des vœux qu'on peut faire en ce jour, Voici ceux qu'en sujet fidèle J'adresse en secret à l'Amour :

« Avec bonté daigne m'entendre, Dieu puissant dont je suis la loi; Mon cœur ambitieux et tendre N'eut jamais plus besoin de toi.

L'unique objet de ma tendresse, Celle que j'aime pour jamais, Amour, dis-moi, tu la connais, Tu connois cette enchanteresse, Son doux sourire, ses appas, Sa voix touchante, sa jeunesse... Eh bien ! Amour, ne permets pas Qu'un autre que moi l'intéresse!

Près d'elle vient me seconder!

Puissé-je, l'occupant sans cesse, ' Lui plaire, la persuader, La pénétrer de ton ivresse, La conquérir et la garder! «

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