‹ Œuvres choisiesChapitre 54 sur 67 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

O mon amie! ô ma maîtresse!

En croirai-je ces vers charmans Et cette prose enchanteresse?

Que j'aime ta délicatesse,

Tes transports, tes vœux, tes sermens,

Et tes combats, et ton ivresse!

Des pleurs échappés de mes yeux

Ont mouillé ces vers pleins de charmes;

Mais qu'ils étoient délicieux!

Que de volupté dans les larmes!

Toi que j'aimerois toujours plus,

Si mes feux dès longtemps accrus

Pouvoient jamais s'accroître encore,

N'afflige point par tes refus

L'amant éprouvé qui t'adore.

N'en crois que nos vœux et nos cœurs :

Ne mets point l'amour en système;

Si tu ne dois que des rigueurs

A l'homme heureux que ton cœur aime,

Pour qui seront donc tes faveurs?

Pour qui seront donc ces caresses,

Ces appas voilés et secrets,

Ces baisers d'avant et d'après.

Ces voluptueuses tendresses

Qui de l'Amour sont les bienfaits?

Loin de nous la froide prudence

Qui veut lire dans l'avenir!

L'Amour, jaloux de sa puissance,

Sauroit peut-être nous punir

D'une funeste prévoyance.

Au lieu d'accuser ma constance.

Couionne-Ia par les plaisirs; Dans le sein de la jouissance, Redoublons encor de désirs, Et puisque, malgré nos soupirs, Le sort nous destine à l'absence.

Ménageons-nous des souvenirs.

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