‹ Œuvres choisiesChapitre 28 sur 121 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Tu le sais ; ce mortel , sûr de la préférence , M'opposa de tout temps sa fière concurrence. Sans parler des honneurs qu il usurpa sur moi , Caliste , dont Famour m'a voit donné la foi, Caliste à ce rival alloit être enchaînée ; Déjà de leur hymen on pressoit la journée : Jour cruel , jour affreux que prévint ma fureur ! Rappelle-toi ces temps de révolte et d'horreur. Dans nos remparts alors mes secrètes intrigues Rallumèrent le feu des complots et des ligues. Le père d'Altamont, par ce glaive égorgé, Paya le désesp(jir de mon cœur outragé ; Et de rhymen du fils la pompe suspendue En appareil de mort fut changée à ma vue.

MONTALDE.

Des malheureux Génois tel est le triste sort : Le foible est abattu sous les coups du plus fort; Et parmi les horreurs du tumulte anarchique , Tout pouvoir est sacré lorsqu'il est tyrannique. J'ai vu nos citoyens , dans nos murs embrasés , L'un sur l'autre expirants , l'un par l'autre écrasés. Mais, hélas ! j'ignorois qu'en ces jours de carnage Altamont immolé l'eût été par ta rage ! Quoi ! dans les flancs glacés d'un timide vieillard Ta main dénaturée enfonça le poignard ! Tigre qui dans la nuit dévores tes victimes , Tu n'as d'autre vertu que de cacher tes crimes.

274 CALISTE

Que dis-je! tes fureurs vont bientôt éclater ;

Le frein le plus sacré ne peut les arrêter.

Déjà, foulant aux pieds les lois que tu dédaignes,

Tu traînes après toi , sous d'horribles enseignes ,

Cet amas d'étrangers et de brigands obscurs

Que Gênes à regret recèle dans ses murs.

Voilà de quels soutiens appuyant ton suffrage

Des rangs et des honneurs tu règles le partage.

C'est par toi que Frégose, envahissant l'état.

Ceint la tiare au temple, et préside au sénat;

Tyran dont la grandeur, par le crime usurpée,

Profene l'encensoir, déshonore lépiJlB.

Nous voyons chçique jour les plus grands des Génois

Opprimés , exilés, ou proscrits par vos lois.

C'en est trop : si ton bras, lâchement homicide,

Étend sur Sciolto la rage qui le guide ,

Ton aspect désormais est horrible pour moi :

Je ne suis plus l'ami d'un monstre tel que toi.

LOTHARIO

Ces reproches amers n'ont rien qui m'épouvante. Des crimes de ma main cette image effrayante , Ces concurrents punis, et ce sang, et ces morts. Rien, quand je suis vengé, n'excite mes remords. Peins-moi plutôt, peins-moi Caliste dans les larmes, Du deuil le plus lugubre enveloppant ses charmes ; Peins-moi son désespoir, mes forfaits, ses vertus; Peins-moi Caliste enfin. . . que je ne verrai plus !

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