SCÈNE PREMIÈRE
CALISTE, MONTALDE.
CALISTE
Non, je ne puis souffrir le départ du perfide. Ne me demandez point quel intérêt me guide ; Ce monstre malgré moi préside à mes destins. Quil demeure... il le faut.
MONTALDE.
Madame , que j e crains . . .
CALISTE
Il fuit?
MONTALDE.
Déjà la voile aux vents abandonnée...
Mais de quel soin votre ame est-elle importunée? Ah ! que Lothario quitte à jamais ces bords ! Cruel dans ses forfaits , il Test dans ses remords,
CALISTE
Quel discours !
MONTALDE.
Pardonnez... votre vertu... son crime.
3o6 CALISTE.
CALISTE
J'entends! il a comblé le malheur qui m'opprime!
De son lâche triomphe il a semé le bruit!
On ose m'en parler! Montalde en est instruit!
Ah! du moins, inconnue au milieu de mes peines,
Je cachois dans la nuit la honte de mes chaînes !
Mais qu'un monstre , aux affronts dont il put m'accabler.
Ajoute encor celui d'oser les révéler;
Qu'il veuille que Caliste , en spectacle livrée ,
Aux yeux du monde entier vive déshonorée,
Qu'il m'oblige à souffrir, dans ces moments d'horreurs ,
L'offensante pitié du témoin de mes pleurs ;
C'en est trop! Je succombe à cet excès d'injure.
MONTALDE.
Le repentir...
N'est point dans son ame parjure.
O ciel ! Et sur nos bords j'allois le retenir ! Non , non : je m'abandonne à mon triste avenir. Ah ! tout cède au tourment de le voir, de l'entendre ! . . . Qu'eût-il fait, après tout, et qu'en pouvois-je attendre? Sa haine et son amour ont d'égales fureurs. Oui, qu'il fuie et me laisse à toutes mes douleurs. Le regret n'a point part au oourroux qui m'anime ; Il est affreux d'aimer ceux que l'on mésestime.
MONTALDE.
Lothario...