‹ Œuvres choisiesChapitre 52 sur 121 · CALISTE, LOTHARIO, LUCILE · texte numérisé non relu

CALISTE, LOTHARIO, LUCILE

[lothario.

Non , je ne reçois^oint ces barbares adieux.

( A Montalde , qui se retire.)

Ami, veille sur nous.

CALISTE

Où suis-je? Hélas !

LOTHARIO

Tes yeux Ne peuvent soutenir ma funeste présence ; Au ciel épouvanté tu demandes vengeance , Mais je viens te l'offrir.

CALISTE

Lucile , soutiens-moi.

LOTHARIO, présentant un poignard à Caliste.

Prends ce fer vengeur, frappe, et calme ton effroi.

CALISTE

C'est moi qui veux la mort; moi, qui vis méprisable. Cruel ! Montalde sait. . .

LOTHARIO, vivement.

Que je suis seul coupable. . .

Toi , mourir ! ... Si j e fus et barbare et jaloux , Si la peur de te perdre égara mon courroux ,^

3 10 CALISTE

Tremble, n'augmente point le trouble où je me livre. Ton cœur est innocent, il est pur, tu dois vivre; Tu le dois, je le veux.

CALISTE

Hélas ! ces tristes jours , Dont ta flamme odieuse empoisonna le cours, A de nouveaux périls tu les livres encore. Mon père. . .

LOTHARIO

Le barbare ! Ah ! combien je l'abhorre ! A mes vrais sentiments garde-toi d'imputer Les coupables excès où j'ai pu m'emporter. Ton père!... va, sans lui l'amour t'eût respectée. Sur l'heureux Altamont sa faveur arrêtée , Son choix qui du perfide autorisoit les vœux , L'aspect de mon rival , son audace, ses feux; Tout frappa mes esprits d'une fureur soudaine... Le crime de l'amour fut commis par la haine... Ne crois pas que je veuille excuser mes transports. Tremblant, désespéré, suivi de ses remords. L'amant impétueux , qui te plaint , qui t'outrage , Frémit à tes genoux de douleur et de rage. Tu le connois, pardonne, et crains de l'irriter.

CALISTE

Le refus de la mort peut seul m'épouvanter. Ah ! si de la pitié la voix plaintive et tendre A ton ame inflexible eût pu se faire entendre ,

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