SCÈNE VI
LES ACTEURS PRÉCÉDENTS, UN GÉNOIS de la suite de Sciolto.
LE GÉNOIS
(A Caliste.) (Apercevant Lothario.)
Madame... Vous, seigneur, tranquille en ce palais! Doria, sur la flotte accusant vos délais. Se plaint d'une lenteur qui l'enchaîne au rivage. On vous attend, volez.
LOTHARIO
Quel étonnant langage !
LE GÉNOIS, à Caliste.
Vous, madame, aux autels allez joindre un époux.
CALISTE
Malheureux, qu'as-tu dit?
LE GÉNOIS
Altamont...
CALISTE
Laisse-nous.
(A Lothario.)
Eh bien! tout est connu : tu vois ma destinée !
3i8 CALISTE.
LOTHARIO
De cet indigne hymen la pompe est ordonnée !
CALISTE
De ton funeste amour voilà quels sont les fruits. Heureuse, cependant, si ta haine...
LOTHARIO
Poursuis...
Ou plutôt, cours, ingrate, aux autels du parjure i Va, tu n'entendras plus ni plainte ni murmure.
(Après un silence.)
C'est donc à ce dessein qu on pressoit mon départ?
La fête commençoit, et je fuyois trop tard.
On craignoit que mes mains , vengeant tes perfidies ,
Ne troublassent le cours de ces noces impies.
A ces coupables nœuds ton cœur a consenti !
Le temple... tout est prêt... Que ne suis-je parti!
Non, non, je ne veux point rompre cet hyménée;
Va rejoindre Tépoux à qui lu t'es donnée.
Ma juste inimitié se ranime aujourd'hui;
Que ta honte me venge et retombe sur lui.
CALISTE
Oui, j'embrasse en mourant l'écueil où je me brise. Je vois qu'en vains efforts mon désespoir s'épuise : Je vois tous les malheurs dont tu vas m'accabler. O ciel! quel vain prestige avoit pu m'aveugler ! A ces lâches transports il eût fallu m'attendre. Je fi-émis de te voir et frémis de t'entendre.