ACTE IV, SCÈNE IV
SCIOLTO
Le fourbe tonne au nom du Dieu qui le condamne : A l'abri d'un pouvoir moins sacré que profane , Ce monstre fait servir à son ambition Les dehors imposants de la religion ; Le crédule Génois tremble sous l'anathème. J'ai vu ce peuple esclave, ennemi de lui-même, Au pied de ses autels adorer l'imposteur. D'un triomphe si beau va partager l'honneur ; Il est digne de vous... Et toi, fille infidèle, Dévoile à mes regards la vérité cruelle ; Apprends-moi les forfaits que j'ai dû soupçonner. Vaincu, trahi par toi, rien ne peut m'étonner.
LOTHARIO, à Caliste , qui tire de son sein une lettre , et qui paroit décidée à tout avouer.
Caliste !
CALISTE
Puisqu'il faut que mon sort s'éclaircisse , Que la honte du moins soit ton premier supplice... Vous , mon père , croyez qu'il en coûte à mon cœur Pour porter le flambeau dans cette nuit d'horreur; Pour ouvrir à vos yeux l'impénétrable abyme Où j'ai caché long-temps les outrages du crime. Mais il le faut... Hélas ! mon silence a produit Les maux accumulés dont la foule nous suit. Cette lettre fatale.. .
( Elle tire de son sein la lettre dont il est question au second acte , et dont le contenu est indiqué. )
334 CALISTE
LOTHARIO
Arrête !
* CALISTE
Non, perfide; De ton sort et du mien que ce moment décide. Seigneur, dans cet écrit mes malheurs sont tracés.
SCIOLTO
Donne. . . Quoi ! tu frémis ?
CALISTE
Vous-même frémissez.
SCIOLTO
Je reconnois les traits d'une épouse adorée, (ii m.)
LOTHARIO
A quel emportement ta douleur s'est livrée !
CALISTE
O terre, entr'ouvre-toi ! que ton obscurité Me dérobe aux regards d'un père épouvanté! Ah , Lucile ! où fuir !
SCIOLTO', tirant son épéé, et s'ëiançant vers Lothario.
Frappe , ou donne-moi ta vie.
LOTHARIO, tirant aussi soD épée.
Fier etfoible ennemi, que prétend ta furie?
SCIOLTO
Frappe, te dis-je, ou meurs.
CALISTE, se jetant entre son père et Letliario.
Arrêtez, inhumain».
Ah ! tournez contre moi vos parricides mains .
( Elle tombe évanouie dans un fauteuil.)