ACTE V, SCÈNE III
Tout peut t'intimider.
CALISTE
Eh bien ! frappez vous-même ; Percez ce triste cœur qui vous craint, mais vous aime.
SCIOLTO, tirant son poignard.
Tu préviens ma pensée , et tel est mon dessein. Vois-tu ce fer?... Hélas ! il tremble dans ma main. La pitié malgré moi rappelle à ma mémoire Le temps de tes vertus et celui de ma gloire ; Ce temps où ma fierté rendoit grâces aux cieux D'avoir transmis en toi le sang de mes aïeux ; Où j'attendois , sans soins , du nombre des années , Le terme où s'avançoient mes longues destinées. Ah! lorsque je compare à cette nuit d'horreur Ces jours calmes et purs dont tu fis le bonheur, Incertain, déchiré, je flotte et délibère; Je n ose te punir, et frémis d'être père. Tumultueux combat, où d'une égale voix La nature et l'honneur se disputent leurs[droits! Ma fille ! ... ah î malheureux !
CALISTE
Quoi ! vous versez des larmes!
SCIOLTO
Les traits du repentir, ta jeunesse, tes charmes, Hélas ! tout m'attendrit.
CALISTE
La mort est mon espoir.
35o CALISTE.
SCIOLTO, ponant la main à son poignard , et lui présentant la coupe, en détournant les yeux.
Eh bien ! j e vais . . . mais, non : tiens , prends, fais ton devoir.
CALISTE
Ah! j y consens.
SCIOLTO
Arrête ! ô nature ! ô tendresse !
O ma chère Caliste ! épargne ma foiblesse. Hélas ! je me croyois un cœur plus inhumain. J'ai tenu la balance avec un bras d'airain : Vengeur de mon pays , vengeur de ma famille , En juge indifférent j'ai condamné ma fille. Ma farouche vertu se borne à cet effort : Mes yeux ne seront point les témoins de ta mort.
CALISTE
Pourquoi me fiiir ? vos mains ...
SCIOLTO
• I ' 1 1 f ) Non , fille infortunée ; Que ta seule vertu règle ta destinée.
Le danger presse... entends ces cris sourds et confus.
CALISTE
Hélas!
SCIOLTO
Adieu ; je sors , et ne te verrai plus.
CALISTE
Ayez quelque pitié de ma douleur profonde.