A UN POETE IGNORANT
Qu'ox nieine aux champs ce coquardeau- Lequel gaste, quand il compose.
Raison, mesure, texte, et glose :
Soit en ballade ou bien rondeau.
Il n'a cervelle ne cerveau; (!'est pourquoy si haut crier j'ose, Qu'on meine aux champs ce coquardearr.
S'il veut rien faire de nouveau Qu'il œuvre hardiment en prose :
( J'entens s'il en sait quelque chose ) Car en rithme ce n'est qu'un veau
Qu'on meine aux champs.
DU MAL COrsTENT D'AMOURS.
Û'estre amoureux n'ay plus intention, (j'est maintenant ma moindre affection : Car celle-là, de qui je cuydois estre Le bien aymé, m'a bien faict apparoistre Qu'an faict d'amour n'y a que ilclion.
Je la pensois sans imperfection; ISIais d'.iutre aniy a prins possession -
Kt pour ce, plus ne me veux entremettre
D'estre amoureux.
Au temps présent, par toute nation, Les dames sont comme un petit sion Qui tousjours ployé à dextre et à senestre. Bref, les plus fins n'y scavent rien cognoistre : Par quoy concludz que c'est abusion
D'eslre amoureux.
DU CONTE?sT EN AMOUR.
La me tiendray où à présent me tien, (]ar ma maistresse au plaisant entretien M'ayme d'un cœur tant bon et désirable, Qu'on me devroit appeller misérable , Si mon vouloir estoit autre que sien.
Et fusse Heleine au gracieux maintien, Qui me vint dire, Amy, fais mon cœur tien. Je respondro's : Point ne seray muable ; Là me tiendray.
Qu'un cbascun donc voyse cbercber son bi«u Quant est à moy, je me trouve très bien; J'ay dame belle, exquise et bonorable : Parquoy fussé-je iinze mille ans durable Au dieu d'Amours ne demanderay rien : I i me tiendrav.
3o ŒUYRES
DE L'AMOLR DU SIÈCLE A^NTIQUE.
Atr bon vieux temps un train d'amour regnoit Qui sans grand art et dons se demenoit , Si qu'an bouquet donné damour profonde C'estoit donner toute la terre ronde :
Car seulement au cœar on se prenoit.
Et si par cas à jouyr on venoit, Scavez-vous Lien comme on s'enti'etenoit ? Vingt ans , trente ans : cela duroit un monde Au bon vieux temps.
Or est perdu ce qu'amour ordonnoit :
Rien que pleurs fainctz, rien que changes onu"o^l : Qui vouldra donc qu'à avmer je me fonde ? Il fanlt premier que l'amour on refonde, £t qn'on la meine ainsi f[u'on la meinoit Au bon vieux temps.
D'UNE r,ÎAL 3URIÉE, QUI >E \ELLT FAIRE AMV.
Co>"TRt raison foi tune l'esvollée Trop lourdement devers moy est voilée, Quand p^nr lover de ma grand' lovaulté . Du mien esponx je n'av que cniaiillé.
DE CLEMENT MAROT. i3t
Eli lieu d'en esfre en mes maux consolée.
On d'aultie amy ne seiay je accolée Et aymerois mieux estre decolée, Que desloyalle à sa desloyauté Contre raison.
La fleur des champs n'est secbée, et foulée Qu'en temps dhyver , mais mov pauvre affolée Pers en tout temps la fleur de ma beauté, Hélas ! jua mère, en qui j'ay privante, Reconfortez la pauvre désolée Contre raison.
SCR LA DEVISE DE MADAME DE LORRAINE AMOUa ET FOY.
Amour et Foj sont bien apparyez :
Veoyre trop mieulx ensemble maiyez Que les bumainz, quen ce muiide on maiTe : Car jamaiz Fuy de 1 Amour ne van,"e : Et vous, bumainz, bien souvent varyez.
Dames de cueur icy estudyez :
Ces deux beaux dons Dieu vous a dedyez , Et sont seans en baulte seigneurie.
Amour et Foy.
Tant sont uuyz , tant sont bien aliyez, Qu'oublyant l'ung, Taultre vous oublyez : Si l'Amour fault. la Foy n'est plus cberye
i32 OEUVRES
Si Foy peryt, l'Amour s'en va perye Pour ce les ay en devise lyez :
Amour et Fov.