D'ANNE QU'IL AYME FORT
Jamais je ne confesserois Qu'amour d'Anne ne ma sceu poindre :
Je l'ayme , mais trop Taymerois , Quand son cueur au mien vouldroit joindie Si mon mal quiers, m' amour n'est moindre , Ne moins prise le dieu ({ui vole :
Si je suis fol. Amour m'affole, Et vouldrois , tant j'ay d'amytié , Qu'autant que moy elle fust folle, Pour esti'e plus fol la moytié.
A RENEE DE PARTENAY.
Quand vous oyez que ma muse résonne En ce bosquet, qu'oiseaux font résonner, Vous vous plaignez que rien je ne vous donne. Et je me plains que je n'ay que donner , Sinon un cueur tout prest à s'addouner, A voz plaisirs. Je vous en fais donc offi'e ; C'est le trésor le meilleur de mon coffre; Servez-vous en, si désir en avez.
Mais quel besoing est-il que je vous offre Ce que gaigner d'un chascun vous scavez.
A DEUX lEUNES HOMMES QUI ESCRIVOIENT A SA LOUANGE.
Adolescens, qui la peine avec prise De m'enrichir de loz non mérité, Pour en louant dire bien vérité 5 Laissez-moy là, et louez-moy Loyse.
C'est le doux feu dont ma muse est esprise , C'est de mes vers le droict but limité : Hanlsez-la donc en toute extrémité :
Car bien prisé mes sens quand on le prise.
DE CLÉINIENT MAROT. 177
Et n'enquerez de quoy louer la faut :
Rien qu'amytié en elle ne défaut :
J'y ay treuvé amytié à redire , Mais au surplus , escrivez hardiment Ce que voudrez : faillir aucunement Vous ne scauriez , sinon de trop peu dire.