PORTRAIT DE SOPHIE
IMITATlOlf DK LALLElHAlfD.
AIR : Dans la paix et Pinnorente.
Qui jamais de ma Sophie Pourrait peindre la fraîcheur?
Moi-même je me défie De bien rendre sa blancheur:
La comparerai-je au cygne Qui chante prêt à périr ?
La friponne , plus maligne , En chantant me fait mourir.
Mes amis, tous le dirai-je?
Ma Sophie à son réveil Eblouit comme la neige Qui lutte avec le soleil ; Et plus la nuit accumule De duvet sur son teint frais, Plus le matin mon cœur brûle D'aspirer tous ses attraits.
( 4^9 ) Ce beau lis qui doit à Flore Sa majesté, son parfiim, Languit et se décolore Sous le doigt trop importun:
Mais quand ma Sophie oppose A ma main son bras tremblant , De blanche qu'était la rose , Elle est rouge au même instant.
Si dans un bocage sombre Elle cherche un sommeil prompt, Mes baisers tombent sans nombre Sur l'ivoire de son front:
jEt je n'en reçois qu'un d'elle Alors qu'elle ouvre les yeux; Mais ce baiser de ma belle Sur ma parole en vaut deux.
Quoique sensible à l'extrême ,
Sophie a de la gaité;
Sophie a du marbre même
L'éclat et la fermeté.
Un statuaire idolâtre
Sut, au gré de son penchant,
Jadis animer l'albâtre:
Je m'amime en le touchant.
Oui» ma maltresse agréable Du lait pur a la couleur; Mais, hélas! le lait potable De la soif éteint l'ardeur; Et quand ma belle , traitable , Me permet de l'embrasser, De ma bouche insatiable Je ne puis que la presser.