CANTIQUE DES QUINZE-VINGTS
sur leur translation dans le Caubourg Saint^Anlèiat
en 1781.
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JDe tous les Quinze-Vingts du monde La gratitude est sans seconde Depuis qu'un roi très-honoré A transporté leur patrimoine Du quartier de Saint-Honoré Dans le quartier de Saint-Antoine.
Le matin, noirs d'éclaboussures , Us couraient parmi les voitures Des risques trop accumulés ; Et le soir près de leur retraite L'Amour les aurait aveuglés Si la chose n'eut été faite.
Maintenant qu'auprès de Charonne
Nul danger ne les environne ^
Fort à leur aise les voilà ;
Et rien qu'avec un peu d'étude
Des bornes de ce canton-là
Ils auront bientôt l'habitude.
Ils ont de leur vieil uniforme Gardé la couleur et la forme , Et tout Français connaît la fleur Qui brille en cuivre sur leur plaque ; Mais ils la portent dans le cœur Encor plus que sur la casaque.
Du vaste hôtel des Mousquetaires Depuis qu'ils sont propriétaires , Dans un logis bien éclairé Chacun d'eux jouit de la vie, Et (pour en changer à son gré) Tient plusieurs chiens à l'écurie.
Au reste , au sein de cet asile Désormais leur sort est tranquille.
De leurs devanciers valeureux S'ils n'ont pas les vertus guemcres , Disons tout bas qu'ils ont pour eux De faire un peu mieux leurs prières.