‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 45 sur 165 · L'ABBÉ RASÉ PAR CHARITÉ · texte numérisé non relu

L'ABBÉ RASÉ PAR CHARITÉ

AXA : Charmante Gabrielle*

Jr AR un hiver sévère, Sur la foi du destin , Avec son Despautère Un clerc ultramontain , Ici (c'est l'ordinaire)

Vint un matin Pour montrer sa misère

Et le latin.

Les enfans par la ville L'indiquent à deux doigts :

Plus ce pauvre imbécille Invoque en tapinois Saint-Jacques, Sainte-Barbe

Et Saint-François , Plus on rit à sa barbe

De quatre mois.

Chez un maître étuvîste Il se sauve en tremblant , Et lui dit d'un air triste :

— ^Monsieur, dans le moment Chez vous , d'après l'enseigne ,

Ne puis-je avoir Un petit coup de peigne

Et de rasoir?

—•Sans doute , et tout de suite ,

Pour moi ce n'est qu'un Jeu.

Garçons , et vite et vite

La cafetière au feu !

Un fauteuil de ma chambre ,

Du linge frais , La savonette à l'ambre ,

Mon cuir anglais !

— De la cérémonie Moi je suis le fléau -, Monsieur, je vous en prie.

Rasez-moi ^ro Deo.

— Ce latin , dit le maître ,

S'entend fort bien ; Monsieur l'abbé veut être Rasé pour rien, —

Crac , sur une banquette On l'asseoit sans façon , Néant à la serviette , Et puis sous le menton On lui met d'une assiette

Le vieux tesson , Sans autre savonette

Qu'un gros glaçon.

D'un rasoir fait en scie Un apprentif gaucher, Dans sa barbe endurcie S'évertue à faucher.

Tandis qu'à la torture

U est ainsi.

Un matou , d'aventure ,

Jurait aussi.

Le perruquier, vrai drôle , Dit : — C'est un chat gourmand Qu'on rosse à coups de gaule; Ou c'est probablement Quelque chat dans les crises

D'un doux lien, Ou bien mi chat aux prises

Avec un chien. —

Sentant par cette phrase Sou suppUce augmenté:

— A quoi bon tant d'emphase?

Dit le prêtre irrité ; Grojez-Tous qu'on me gaze

La vérité? Cest quelque chat qu'on rase

Par charité.

L'HUITRE.

AI A : Femmes, Toulefe-vous ëprouver.

Huître, je m'engage à prouver Que tu n'es pas toute insensible , Malgré ton penckant à réyer, Et ta contenance paisible :

Les premiers rayons du soleil Dardent-ils sur ta couverture , Tu sors de ton profond sommeil Pour rendre hommage à la Nature.

Sur le sable-, ou le long d'un roc.

Prends-tu l'air la bouche béante , Au moindre heurt , au moindre choc Ta retraite est prompte et savante.

Entre le toit et le plancher De ta maison solide et sûre.

Tu supporterais sans broncher L'écroulement de la Nature. ^

Au temps du frai , quand le désir De voir se propager ton être A l'espérance du plaisir Te fait entr'ouvrîr ta fenêtre ; Entr'ouvrant la sienne à son tour Ta voisine est îà pour conclure Certain sacrifice à l'Amour, Voilé soudain par la Nature.

Qu'un gros crabe marche à grands pas Dans le dessein de te surprendre ; Qu'un homard rame à tour de bras Avec l'espoir de te pourfendre :

A peine leur malin crochet A-t-il chatouillé ta figure , Tu prends leur patte au trébuchet Dont t'a fait présent la Nature.

Mais quel rare instinct te conduit , Sous la vase oii tu te confines , A peindre en nacre ton réduit , A composer des perles fines?

Pour ce travail essentiel As-tu donc dans ta chambre obscure Et les couleurs de Tarc-en-ciel, Ift les pinceaux de la Nature?

Qu'un poîssonnier de Rochester»

Qui cherche à f engraisser pour cause, Tarrachant aux flots de la m^ Sur la pelouse au vert ^«expose:

Broutant rheii>ette sans dégoût Tu sais , selon la conjoncture , Changer de couleur et de goût , De marche, et presque de nature.

Qu'un Sùntongeois ou qu'un Normand , Dont le croc t'enlève à Vareœ ^ Te force à dire : Adieu Rojran 1 Adieu Gancalle! adieu Marenne!

Tu sëches bientôt de dépit Dans la barque ou dans la yoiture , Ou tu perds sous un grès maudit La liberté de la Nature,

Et quand le poignet assassin De la trop robuste Jeannette Tourne et retourne dans ton sein Le fer courbé d'une serpette »

A chaque atteinte du trépas Ta chair se contracte à mesure; Tes cris que nous n'entendons pas Sont entendus de la Nature.

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