A UNE FEMME IRRÉSOLUE
AX& : De sommeiller encor^ ma chère.
JN E serais-tu donc que Minerve , Ou ne serais-tu que Vénus?
Quel air libre et quelle réserve !
Aime un peu moins , aime un peu plus ; Change de mœurs ou de visage Pour déterminer nos destins :
Ah ! d'honneur un cœur aussi sage Sied mal à tes yeux libertins.
Je publierais partout sans peine Que tes sourcils sont assez beaux ; Mais ce sont deux grands arcs d'ébcne , Dont tes yeux sont les javelots.
Un jour je veux briser ma chaîne; Je la resserre un autre jour :
Guéris mon amour par ta haine , Ou ma haine par ton amour.
Pourqaoi » redoutant d'être heureuse , Désirer d'être sans désir, Et le jour, par vertu rêveuse , Chaque nuit rêver le plaisir?
Oui , j'ai vu ta paupière humide Quand tu venais de reposer, Et j'ai dit : C'est le dieu de Gnide Qui la charme par un baiser.
Au lieu de varier les voiles De leurs emblèmes amoureux , Nos bons Gaulois à des étoiles Comparaient toujours deux beaux yeux* De les blâmer moi je n'ai garde -, Entre nous ils jugaient au mieux Qu'une belle qui nous regarde Nous donne un avant-goùt des cieux.
Courant de prairie en prairie ,
Et voltigeant de fleurs en fleurs ,
Jadis Amour eut la manie
De se somnettre tous les coeurs.
Pour lui plus de courses nouvelles ;
Tu l'arrêtes sans nul effort :
Ce dieu , n'osant battre des ailes ,
Attend ou la vie ou la mort.
Tu fais à chaque bohémienne Lire ta chance dans tes mains , Et moi pour connaître la mienne C'est à tes yeux que j'en reviens. O combien tes noires prunelles Viennent éblouir ma raison !
S'il sort d'en haut tant d'étincelles , Le feu doit être à la maison.
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