‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 12 sur 147 · LA FRAYEUR · texte numérisé non relu

LA FRAYEUR

1e souvient-il, ma charmante maîtresse, De cette nuit où mon heureuse adresse

Trompa l'Argus qui garde tes appas?

Furtivement j'arrivai dans tes bras.

Tu résistais; mais ta bouche vermeille A mes baisers se dérobait en vain ; Chaque refus amenait un larcin.

Un bruit subit effraya ton oreille , Et d'un flambeau tu vis l'éclat lointain : Des voluptés tu passas à la crainte; L'étonnement vint resserrer soudain Ton faible cœur palpitant sous ma main ; Tu murmurais , je riais de ta plainte : Je savais trop que le dieu des amans Sur nos plaisirs veillait dans ces momens. H vit tes pleurs ; Morphée , à sa prière , Du vieil Argus que réveillaient nos jeux Ferma bientôt et l'oreille et les yeux , Et de son aile enveloppa ta mère.

L'aurore vint plus tôt qu'à l'ordinaire De nos baisers interrompre le cours ; Elle chassa les timides Amours ; Mais ton souris, peut-être involontaire, Leur accorda le rendez-vous du soir.

Ah! si les dieux me laissaient le pouvoir De dispenser la nuit et la lumière, Du jour naissant la jeune avant-courrière Viendrait bien tard annoncer le soleil; Et celui-ci dans sa course léiière Ne ferait voir au haut de riiémisphère

Page 1