EPITAPHE
Ici gît qui toujours douta.
Dieu par lui fut mis en problème ;
11 douta de son être même.
Mais de douter il s'ennuya.
Et las de cette nuit profonde,
Hier au soir il est parti,
Pour aller voir à l'autre monde
Ce qu'il faut croire en celui-ci.
A CHLOE.
OELON vous mon sexe est léger; Le vôtre nous paraît volage ; Ce procès, qu'on ne peut juger.
Est renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment; Mais j'appelle de la sentence.
Croyez-moi, c'est injustement Que l'on s'aceuse d'inconstance.
Ils n'est point de longues amours, J'en conviens; mais presque toujours Votre âme s'abuse elle-même.
Dans sa douce crédulité, Souvent de sa propre beauté Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout , du moment qu'il plaît.
Grâce au désir qu'il a fait naître, Vous voyez ce qu'il devrait être, Vous ne ne voyez plus ce qu'il est.
Oui, vous placez sur son visage Un masque façonné par vous ; Et séduites par cette image, Vous divinisez votre ouvrage.
Et vous tombez à ses genoux.
Mais le temps et l'expérience, Ecartant ce masque emprunté.
De l'idole que l'on encense Montrent bientôt la nudité.
On se relève avec surprise ; On doute encor de sa méprise; On cherche d'un œil affligé Ce qu'on aimait, ce que l'on aime; L'illusion n'est plus la même.
Et l'on dit : Vous avez changé.
Du reproche, suivant l'usage. On passe au refroidissement; Et taudis qu'on paraît volage.
MEL.UXGES.
On est détrompé seulement.
Des amantes voilà l'histoire,
Cliloé; mais vous pouvez m'en croire,
C'est aussi celle des amans.
En vain votre cœur en murmure ;
C'est la bonne et vieille Nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore;
Sans doute il n'en existe aucun :
Car le vôtre n'en est pas un;
Ne point aimer c'est pis encore.