‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 99 sur 147 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

Ici gît qui toujours douta.

Dieu par lui fut mis en problème ;

11 douta de son être même.

Mais de douter il s'ennuya.

Et las de cette nuit profonde,

Hier au soir il est parti,

Pour aller voir à l'autre monde

Ce qu'il faut croire en celui-ci.

A CHLOE.

OELON vous mon sexe est léger; Le vôtre nous paraît volage ; Ce procès, qu'on ne peut juger.

Est renouvelé d'âge en âge.

Vous prononcez dans ce moment; Mais j'appelle de la sentence.

Croyez-moi, c'est injustement Que l'on s'aceuse d'inconstance.

Ils n'est point de longues amours, J'en conviens; mais presque toujours Votre âme s'abuse elle-même.

Dans sa douce crédulité, Souvent de sa propre beauté Elle embellit celui qu'elle aime.

Il a tout , du moment qu'il plaît.

Grâce au désir qu'il a fait naître, Vous voyez ce qu'il devrait être, Vous ne ne voyez plus ce qu'il est.

Oui, vous placez sur son visage Un masque façonné par vous ; Et séduites par cette image, Vous divinisez votre ouvrage.

Et vous tombez à ses genoux.

Mais le temps et l'expérience, Ecartant ce masque emprunté.

De l'idole que l'on encense Montrent bientôt la nudité.

On se relève avec surprise ; On doute encor de sa méprise; On cherche d'un œil affligé Ce qu'on aimait, ce que l'on aime; L'illusion n'est plus la même.

Et l'on dit : Vous avez changé.

Du reproche, suivant l'usage. On passe au refroidissement; Et taudis qu'on paraît volage.

MEL.UXGES.

On est détrompé seulement.

Des amantes voilà l'histoire,

Cliloé; mais vous pouvez m'en croire,

C'est aussi celle des amans.

En vain votre cœur en murmure ;

C'est la bonne et vieille Nature

Qui fit tous ces arrangemens.

Quant au remède, je l'ignore;

Sans doute il n'en existe aucun :

Car le vôtre n'en est pas un;

Ne point aimer c'est pis encore.

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