‹ Œuvres choisies de B. Pascal: Pensées et opuscules. T. uniqueChapitre 13 sur 71 · SENS DE CET ECRIT · texte numérisé non relu

SENS DE CET ECRIT

* Quel est le sens de cet écrit? II. n'est pas nécessaire, pour l'expliquer, d'écrire vingt et une pages infolio de commentaire, comme ce bon carme déchaussé à qui il avait été communiqué par la famille de Pascal. Il est évident que dans la nuit du 23 novembre, Pascal eut un ravissement de prière. L'àme de ce jeune savant, jusqu'alors avide de recherches, dévorée de l'orgueil de la science, toute remplie du sentiment de sa puissance et de son énergie naturelle, fut tout à coup illuminée par la grâce. Il comprit dès lors l'inanité des efforts de la philosophie et de la science, pour résoudre le problème des destinées humaines. Les philosophes, les savants s'embarrassent dans leurs contradictions, se perdent dans leurs obscurités et leurs ignorances, et ne peuvent arriver au Dieu qui peut seul remplir notre cœur, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu familier avec les hommes de simplicité et de foi, le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu des petits et des humbles. Ce Dieu-là, on ne le trouve pas au bout des pénibles labeurs d'une raison orgueilleuse, mais au terme des voies d'humilité et d'abnégation qu'enseigne l'Évangile. L'âme humaine est grande, sans doute, et semble pouvoir toucher l'infini, mais elle est basse et misérable aussi, et le péché a établi entre elle et Dieu une séparation éternelle. Désormais elle ne connaîtra le vrai Dieu, elle ne se rapprochera de lui que par un médiateur, Jésus-Christ, le Dieu humble et crucifié, la voie, la vérité et la vie, alpha et ômega, point de départ et terme d'arrivée, voie et but, principe d'union et d'éternelle consommation. L'humilité de l'esprit, la renonciation totale et douce de la volonté, qui résume toute la morale de l'Évangile, conduiront seules à Dieu, seules maintiendront l'homme en possession de Dieu. Ce sont les seules voies par lesquelles il se

i PROFESSION DE FOI DE PASCAL

trouve el se conserve. N'est-ce pas lu le programmi

ticipé de toute la philosophie de Pascal? Oui, tout est là, nous le verrons : grandeur et bassesse de l'homme, théodicée, morale, génie et simplicité, hautes vertus et humlilc- pratiques, actions héroïques et eau bénite.

« De dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demie, deux heures qui renfermèrent pour lui un siècle, l'éternité, Pascal eut une révélation du mystère chrétien. Un feu sacré embrasa son âme, l'i nonda de lumière et de certitude, la pénétra de j o i ■ et de paix.

« Des larmes de joie et de bonheur mouillèrent son visage, et, pour conserver le souvenir de ces impressions célestes, pour renouveler à son gré, dans toutes les circonstances de sa vie, les sentiments délicieux qu'il avait alors éprouvés, il retraça l'histoire de cette nuit mystérieuse sur un papier et sur un parchemin qu'on trouva après sa mort, dans la doublure de son habit, et qu'il décousait et recousait soigneusement luimême depuis huit ans chaque fois qu'il en changeait.

« Il tenait à garder toujours sur son cœur, cette expression d'une foi que la grâce y avait imprimée. Ainsi les anciens juifs portaient leurs phylactères, usage adopté ensuite par un grand nombre de chrétiens : ainsi saint Vincent de Paul portait toujours son symbole contre sa poitrine ». (Pascal, sa vie et son caractère, ses écrits et son génie, par M. l'abbé Maynard, T. I, page 80)

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