A XJ R £ L L Y
Cehii-ci , qui , jusqu'à l'époque de mes lettres de noblesse , ne m'avait jamais regardé , s'avise de me complimenter aujourd'hui d'un ton supérieur : « Je me flatte « ( m'a ^ t - il dit ) que vous quittez enfin le « commerce' avec la roture ».
AQTE I , SCÈNE XI. 107
. MÉLAC PÈ&E^À part.
Ah \ dieux !
Quoi?
MÉLAC PKRÈ, S* efforçant de rire.
Je crois Ten tendre.
AURELLY.
Au contraire , monsieur , ai-{e repondu ; fe île puis mieux reconnaître le nouveau bien que je lui dois , qu^en continuant à Pexercèr avec honneur. -
MÉLAC PÈRE, embarrassé.
Ah , mon ami l lé commerce expose à de si terribles revers !
' Tu m*y fais songer : Fagent de change ne s^explique pas ; mais , à son air , je gagerais que lé paiement ne se passera pas sans quelque banqueroute considérable.
MÉLAC PÈRE
Je ne vois jamais ce temps de crise , sans éprouver un serrement de cœur sur le sort, de ceux à qui il peut être fatal.
A URELL Y.
£t moi , je dis que la pitié qu'on a pour les
io8 LES DEUX AMIS.
fripons , n^èst qu^une misérable Êiiblesse , un vol qu*on fait aux honnêtes gens. La race d&s bons est-elle éteinte ? Pour...
MÉIAC PÈRE.
Je nis parle point des fripons.
AU R E L LT , av€c ehahur.
Les malhonnêtes gens reconnus sont moins à craindre que ceuxHci : Ton s*en méfie ; leur réputation garantit'au moins de leur mauvaise foi.
MélAC picRE.
Fort bien : mais...
Mais un méchant qui travailla vingt ans à passer pour honnête homme , porte un coup mortel à )a confiance , quand son fantôme d*honneur disparaît : Texèmple de sa fausse probité fait qu'on n^ose plus se fier à la véritable.
MÉLAC PÈRE, dotdoareusement.
Mon cher Aurelly , n*y a- 1 -il donc point de faillites excusables ? II ne faut qu'une mort, un retard de fonds ; il ne faut qu'une ban* queroute frauduleuse un peu considérable pour en entraîner une foule de malheureuses.