‹ Œuvres choisies de Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 10 sur 60 · DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

DE L'ORDRE

qui souvent n'a aucun rapport avec ses besoins : il s'ensuit que l'homme est bonde sa nature, par cela même qu'il est raisonnable, puisqu'à l'aspect d'une convenance qui lui est étrangère , il éprouve un sentiment de plaisir. C'est par ce sentiment naturel de bonté que la vue d'un animal bien proportionné nous donne des sensations agréables , qui augmentent à mesure qu'il nous développe son instinct. Nous aimons à voir une tourterelle dans une volière ; mais cet oiseau nous plaît encore davantage dans les forêts , lorsque l'amour le fait murmurer au haut d'un orme, ou que nous l'y apercevons occupé à faire le nid de ses petits avec toute la sollicitude de l'amour maternel.

C'est encore par une suite de cette bonté naturelle que la disconvenance nous donne un sentiment pénible qui naît toujours à la vue de quelque mal : ainsi la vue d'un monstre nous choque. Nous souffrons de voir un animal à qui il manque un pied ou un œil. Ce sentiment est indépendant de toute idée Je douleur relative à nous, quoi qu'en disent quelques philosophes ; car nous souffrons , quoique nous sachions qu'il est venu ainsi au monde. Nous souffrons même à la vue du désordre dans les objets insensibles. Des plantes flétries, des arbres mutilés , un édifice mal ordonné , nous font de la peine à voir. Ces sentiments ne sont altérés dans l'homme que par les préjugés ou par l'éducation.

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