‹ Œuvres choisies de Bernardin de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 47 sur 60 · RUINES DE LA NATURE · texte numérisé non relu

RUINES DE LA NATURE

« heure ; ce que ces petits enfants faisaient souvent à son « imitation • . » Quelle oraison funèbre pour une épouse et pour «ne mère! Ce n'était cependant qu'une pauvre esclave.

Il résulte encore de la vue des ruines un autre sentiment indépendant de toute réflexion : c'est celui de l'héroïsme. De grands généraux ont employé plus d'une fois leur effet sublime pour exalter le courage de leurs soldats. Alexandre engage son armée , chargée des dépouilles de la Perse , à brûler ses bagages; et dès qu'elle y a mis le feu, elle est prête à le suivre au bout du monde. Guillaume , duc de Normandie, en débarquant en Angleterre , incendie ses propres vaisseaux, et ses troupes font la conquête de ce royaume. Mais il n'y a point de ruines qui élèvent en nous de si grands sentiments que celles de la nature. Elles nous montrent cette grande prison de la terre, où dous sommes renfermés , sujette ellemême à la destruction , et nous détachent subitement de nos préjugés et denos passions , comme d'une représentation théâtrale, momentanée et frivole. Lorsque Lisbonne fut renversée par un tremblement de terre , ses habitants , en s'échappant de leurs maisons, s'embrassaient les uns les autres, grands et petits, amis et ennemis, inquisiteurs et Juifs, connus et inconnus ; chacun partageait ses habits et ses vivres avec ceux qui n'avaient rien. J'ai vu arriver quelque chose de semblable dans des tempêtes, sur des vaisseaux près de périr. Le premier effet du malheur , dit un écrivain célèbre , est de roidir l'âme ; et le second , de la briser. C'est que le premier mouvement de l'homme , dans le malheur , est de s'élever vers la Divinité ; et le second , de redescendre aux besoins physiques. Ce dernier effet est celui de la ré« flexion ; mais le sentiment moral et sublime s'empare prey que toujours du cœur à l'aspect d'une grande destruction.

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