‹ Œuvres choisies de Bernardin de Saint-PierreChapitre 30 sur 37 · VŒUX POUR LE ROI · texte numérisé non relu

VŒUX POUR LE ROI

Plusieurs écrivains célèbres considèrent le pouvoir national dans la monarchie comme divisé en deux, en pouvoir législateur et en pouvoir exécuteur. Ils en attribuent le premier à la nation, et le second au roi.

Cette division me paraît insuffisante , parce qu'il y manque un troisième pouvoir, nécessaire à tout bon gouvernement, le pouvoir modérateur, qui appartient essentiellement au roi dans la monarchie. Le roi n'y est pas seulement un simple commis de la nation, un doge ou un stathouder; c'est un monarque chargé de diriger ses opérations. Le clergé , la noblesse , et même le peuple , ne voient et ne régissent, chacun en particulier, que des parties détachées de la monarchie, dont ils ne sont que des membres; le roi en est le coeur , e! peut seul en connaître et faire mouvoir l'ensemble. Les trois corps delà monarchie réagissent sans cesse les uns contre les autres, en sorte que , livrés à eux-mêmes, il arriverait bientôt qu'un d'entre eux opprimerait les deux autres ou en serait opprimé , sans que le roi , qui n'aurait que le pouvoL exécuteur, pût faire autre chose que d'être l'agent du parti le plus fort, c'est-à-dire de l'oppression. Il faut donc que le roi ait encore le pouvoir modérateur, c'est-à-dire celui nonseulementde maintenir l'équilibre entre ces corps, mais de

réunir leurs forces au dehors contre les puissances étrangères, dont lui seul est à portée de connaître les entreprises. C'est le pouvoir modérateur qui constitue le monarque.

J'ai désiré plus d'une fois que le roi parcourût tous les ans ses États d'une extrémité à l'autre, comme le soleil visite tour à tour, chaque année, les deux pôles de la terre. Mes vœux semblent prêts à s'accomplir. A la vérité,, le mouvement sera différent, mais l'effet sera le même. Ce ne sera point le roi qui ira vers le peuple , ce sera le peuple qui ira vers le roi. Ce système de politique est simplifié comme celui de notre astronomie, où l'on suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre , mais la terre qui tourne sur elle-même autour du soleil, et lui montre tour à tour ses pôles glacés.

Cet ordre me semble encore plus convenable aux fonctions d'un roi, qui, après tout, n'est qu'un homme, et qui doit nonseulement répandre ses lumières sur son peuple, mais qui a besoin à son tour d'en recevoir de lui. Ainsi le roi saura , par l'assemblée nationale, ce qui se passe dans les assemblées provinciales; parles assemblées provinciales , dans les assemblées des villes; et par celles des villes, dans celles des villages.

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