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je n'aurai point de pitié, » et vous sentirez ma main de près ; a et alors vous saurez, » dit-il, vous qui n'avez pas voulu le croire, vous saurez par expérience, et vous aurez tout loisir d'apprendre dans l'éternité de votre supplice, « que je suis le Seigneur qui frappe, » « et scietis quia ego sum Dominus percutiens '. » Ainsi seront instruits, car ils en sont dignes, ceux qui ne veulent pas se laisser instruire par Jésus-Christ et par l'Évangile.
Mais plusieurs, qui ne méprisent pas si ouvertement une autorité si vénérable, ne laissent pas toutefois de corrompre la vérité dans leurs consciences par des maximes trompeuses. L'intérêt et les passions nous ont fait un évangile nouveau que Jésus-Christ ne connoît plus. Nul ne pardonne une injure de bonne foi ; et nous trouvons toujours de bonnes raisons pour ne voir jamais un ennemi, si ce n'est que la mort nous presse. Mais ni à la vie, ni à la mort nous ne songeons à restituer le bien d'autrui que nous avons usurpé : on s'imagine qu'on se le rend propre par l'habitude d'en user; et on cherche de tous côtés non point un fond pour le rendre , mais quelque détour de conscience pour le retenir. On fatigue les casuistes par des consultations infinies; et à quoi est-ce, dit saint Augustin, qu'on travaille partant d'enquêtes, sinon à ne trouver pas ce qu'on cherche? « Hi homlnes ni h il « laborant nisi non invenire quod quaerunt. » C'est pourquoi nous éprouvons tous les jours qu'on nous embarrasse la règle des mœurs par tant de questions et tant de chicanes, qu'il n'y en a pas davantage dans les procès les plus embrouillés : et si Dieu n'arrête le cours des pernicieuses subtilités que l'intérêt nous suggère, les lois de la bonne loi et de l'équité ne feront bientôt qu'un problème. La chair qui est condamnée cherche des détours et des embarras : de là tant de questions et tant de chicanes. C'est pourquoi saint Augustin a raison de dire que ceux qui les forment « soufflent sur de la poussière, et jettent de la terre dans leurs yeux, » « suivantes in pulverem, et exci- « tantes terram in oculos suos 2. » Ils étoient dans le grand chemin, et la voie de la justice chrétienne leur paroissoit toute droite ; ils ont soufflé sur la terre : des vaines contentions, des questions de néant qu'ils ont excitées, ont troublé leur vue comme une poussière importune , et ils ne peuvent plus se conduire. Sans faire ici la guerre à personne, si ce n'est à nous-mêmes et à nos vices, nous pouvons dire hautement que notre attachement à la terre, et l'affoiblissement de la discipline, ont fait naître plus que jamais en nos jours ces vaines et pernicieuses subtilités.
Règle pour s'examiner. Les uns cherchent Jésus-Christ comme les Mages, pour adirer sa vérité; les autres le cherchent dans l'esprit d'Hérode, pour faire outrage à sa vérité. Quiconque cherche est inquiet, et veut se mettre en repos : « Ubi est qui natus est Rex Judœorum 3? » « Où est le Roi des Juifs qui est nouvellement né? » Voyez Hérode, quelle est cette inquiétude et de quelle veine elle vient : par là vous pouvez connoître votre disposition véritable. Mais si vous voulez ne vous
l,Etech\u, 9.-2. Conf., lib. XII,cap.xvi, tom. I, col. 216- — 3. Matth n2* (
tromper pas à connoître quelle est cette inquiétude et de quelle veine elle vient, examinez attentivement ce que vous craignez. Ou vous craignez de mal faire, ou vous craignez qu'on vous dise que vous faites mal; l'une est la crainte des enfants de Dieu, l'autre est la crainte des enfants du siècle. Si vous craignez de mal faire, vous cherchez Jésus- Christ dans l'esprit des Mages pour rendre honneur à sa vérité; sinon vous cherchez Jésus- Christ dans l'esprit d'Hérode , pour lui faire outrage. Je ne rougirai pas, Chrétiens, de vous rapporter en ce lieu les paroles d'un auteur profane, et de confondre par la droiture de ses sentiments nos détours et nos artifices : « Quand nous doutons, disoit l'orateur romain, de la justice de nos entreprises, c'est une bonne maxime de s'en désister tout à fait; car l'équité, poursuit-il, reluit assez d'elle-même, et le doute semble envelopper dans son obscurité quelque dessein d'injustice : » » Benè praecipiunt qui vêtant quidquam « agere, quod dubites aequum sit an iniquum : sequitas enim lucet « ipsa per se; dubitatio cogitationem significat injuriae '. »
Et en effet, Chrétiens, nous trouvons ordinairement que ce qui a tant besoin de consultation, a quelque chose d'inique; le chemin de la justice n'est pas de ces chemins tortueux, qui ressemblent à des labyrinthes, où on craint toujours de se perdre : « C'est une route toute droite, dit le prophète lsaïe; c'est un sentier étroit à la vérité, mais qui n'a point de détours : » a Semita justi recta est, rectus callis justi ad « ambulandum2. Voulez- vous savoir, Chrétiens, le chemin de la justice, marchez dans le pays découvert, allez où vous conduit votre vue : /a justice ne se cache pas, et sa propre lumière nous la manifeste. Si vous trouvez à côté quelque passage obscur et embarrassé, c'est là que la fraude se réfugie, c'est là que l'injustice se met à couvert, c'est là que l'intérêt dresse ses embûches. Toutefois je ne veux pas dire qu'il ne se rencontre quelquefois des obscurités même dans les voies de la justice. La variété des faits, les changements de la discipline, le mélange des lois positives font naître assez souvent des difficultés, qui obligent de consulter ceux à qui Dieu a confié le dépôt de la science. Mais il ne laisse pas d'être véritable, et nous le voyons tous les jours par expérience, que les consultations empressées nous cachent ordinairement quelque tromperie; et je ne crains point de vous assurer que pour régler notre conscience sur la piupart des devoirs de la justice chrétienne, la bonne foi est un grand docteur qui laisse peu d'embarras et de questions indécises.
Mais notre corruption ne nous permet pas de marcher par des voies si droites, nous formons notre conscience au gré de nos passions; et nous croyons avoir tout gagné, pourvu que nous puissions nous tromper nous-mêmes. Cette sainte violence, ces maximes vigoureuses du christianisme, qui nous apprennent à combattre en nous la nature trop dépravée, sont abolies parmi nous. Nous faisons régner en leur place un mélange monstrueux de Jésus-Christ et d u monde ; ûes maximes moitié saintes et moitié profanes, moitié chrétiennes et moitié mon-