‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 125 sur 171 · Joan. x · texte numérisé non relu

Joan. x

bien acquis. Or. dans cette dernière disgrâce, tous ses autres disciples l'ont abandonné; il n'y a que Jean son bien-aimé qui lui reste : tellement que je le considère aujourd'hui comme un homme qui représente tous les fidèles, et partant nous devons être disposés à. nous appliquer tout ce qui regardera sa personne. Je vois, ô mon Sauveur! que vous lui donnez votre Mère, et a incontinent il en prend possession comme de son bien : » « Et ex illâ horâ accepit eam discipulus in « sua1. » Entendons ceci, Chrétiens. Sans doute nous avons bonne part dans ce legs pieux : c'est à nous que le Fils de Dieu donne la bienheureuse Marie, en même temps qu'il la donne à son cher disciple. Voilà ce mystérieux article du testament de mon Maître, que j'ai jugé nécessaire de vous réciter, pour en faire ensuite le sujet de notre entretien.

N'attendez pas, ô Fidèles, que j'examine en détail toutes les conditions d'un testament, afin d'en faire un rapport exact aux paroles de mon évangile : ne vaut-il pas bien mieux que, laissant à part cette subtilité de comparaisons, nous employions tous nos soins à considérer attentivement le bien qu'on nous fait? Jésus regarde sa mère, dit l'auteur sacré1: ses mains étant clouées, il ne peut la montrer du doigt, il la désigne des yeux; et par toutes ses actions il se met en état de nous la donner. Celle qu'il nous donne, c'est sa propre mère; par conséquent sa protection est puissante , et elle a beaucoup de crédit pour nous assister. Mais il nous la donne afin qu'elle soit notre mère; par conséquent sa tendresse pour nous est extrême, et elle a une grande inclination de nous bien faire : ce sont les deux points qui composeront ce discours. Afin que nous puissions espérer quelque assistance d'une personne près de la majesté divine, il est nécessaire et que sa grandeur l'approche de Dieu, et que sa bonté l'approche de nous. Marie étant mère de notre Sauveur, sa qualité l'élève bien haut auprès du Père éternel : Marie étant notre mère, son affection la rabaisse jusqu'à compatir à notre foiblesse : en un mot, elle veut nous soulager, à cause qu'elle est mère de Dieu : elle veut nous soulager, à cause qu'elle est notre mère. C'est dans la déduction de ces deux raisonnements que je prétends établir une dévotion raisonnable à la sainte Vierge, sur une doctrine solide et évangélique; et je demande, Fidèles, que vous vous y rendiez attentifs.

PREMIER POINT

L'une des plus belles qualités que la sainte Écriture donne au Fils de Dieu, c'est celle de Médiateur entre Dieu et les hommes: c'est ceiui qui réconcilie toutes choses en sa personne, il est le nœud des affections du ciel et de la terre; et la sainte alliance qu'il a contractée avec nous, nous rendant son Père propice, nous donne un accès favorable au trône de sa miséricorde. C'est sur cette vérité qu'est appuyée toute l'espérance des enfants de Dieu. Cela étant ainsi, voici comme je raisonne.

1 Joan. xix, 27. — 2. Ibid., 35.

«i08 SERMON SUR LA COMPASSION

L'union que nous avons avec le Sauveur, nous fait approcher de ïa majesté divine avec confiance : or, quand il a choisi Marie pour sa mère, il a fait, pour ainsi dire, avec elle un traité tout particulier; il a contracté une alliance très-étroite, dont les hommes ni les anges ne peuvent concevoir l'excellence; et par conséquent l'union qu'elle a avec Dieu, le crédit et la faveur qu'elle a auprès du Père, n'est pas une chose que nous puissions jamais concevoir. Je n'ai point d'autre raisonnement à vous proposer dans cette première partie : mais afin que nous en puissions pénétrer le fond, je tâcherai de déduire par ordre quelques vérités, qui nous feront reconnoître la sainte société qui est entre Jésus et Marie; d'où nous concluons qu'il n'y a rien dans l'ordre des créatures qui soit plus uni à la majesté divine, que la sainte Vierge.

Je dis donc, avant toutes choses, qu'il n'y eut jamais mère qui chérît son fils avecunetelle tendresse que faisoit Marie; je dis qu'il n'y eut jamais fils qui chérît sa mère avec une affection si puissante que faisoit Jésus : j'en tire la preuve des choses les plus connues. Interrogez une mère : d'où vient que souvent en la présence de son fils elle fait paroître une émotion si visible : elle vous répondra que le sang ne se peut démentir; que son fils c'est sa chair et son sang, que c'est là ce qui émeut ses entrailles et cause ces tendres mouvements à son cœur; l'apôtre même ayant dit que « personne ne peut haïr sa chair : ■» « Nemo enim unquam "■ carnem suam odio habuit1. » Que si ce que je viens de dire est véritable des autres mères, il l'est encore beaucoup plus de la sainte Vierge; parce qu'ayant conçu de la vertu du Très-Haut, elle seule a fourni toute la matière dont la sainte chair du Sauveur a été formée : et de là je tire une autre considération.

Ne vous semble-t-il pas, Chrétiens, que la nature a distribué avec quelque sorte d'égalité l'amour des enfants entre le père et la mère? c'est pourquoi elle donne ordinairement au père une affection plus forte, et imprime dans le cœur de la mère je ne sais quelle inclination plus sensible. Et ne seroit-cé point peut-être pour cette raison que quand l'un des deux a été enlevé par la mort, l'autre se sent obligé, par un sentiment naturel, à redoubler ses affections et ses soins? cela, ce me semble, est dans l'usage commun de la vie humaine. Si bien que la très-pure Marie n'ayant à partager avec aucun homme ce tendre et violent amour qu'elle avoit pour son fils Jésus, vous ne sauriez assez vous imaginer jusqu'à quel point elle en étoit transportée, et combien elle y ressentoit de douceurs. Ceci toutefois n'est encore qu'un commencement de ce que j'ai à vous dire.

Certes il est véritable que l'amour des enfants est si naturel, qu'il faut avoir dépouillé tout sentiment d'humanité pour ne l'avoir pas. Vous m'avouerez néanmoins qu'il s'y mêle quelquefois certaines circonstances qui portent l'affection des parents à l'extrémité. Par exemple, notre pore Abraham n'avoit jamais cru avoir des enfants de Sara; elle étoit stérile; ils étoient tous deux dans un âge décrépit et caduc ; Dieu

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