Joan. n
Ce discours paroit bien rude, et tout autre que Marie auroit pris cela pour un refus : je vois néanmoins que, sans s:étonner, elle donne ordre aux serviteurs de faire ce que le Sauveur leur commandera : « Faites tout ce qu'il vous ordonnera1, » leur dit-elle, comme étant assurée qu'il lui a accordé sa requête. D'où lui vient, à votre avis, cette confiance, après une réponse si peu favorable? Chrétiens, elle savoit bien que c'étoit au cœur qu'elle avoit parlé; et c'est pour cette raison qu'elle ne prit pas garde à ce que la bouche avoit répondu. En effet, elle ne fut point trompée dans son espérance; et le Fils de Dieu, selon la belle réflexion de saint Jean Chrysostome2, jugea à propos d'avancer le temps de son premier miracle, à la considération de sa sainte Mère.
Prions donc, 6 fidèles, qu'elle parle pour nous de la bonne sorte au cœur de son Fils : elle y a une fidèle correspondance; c'est l'amour filial qui s'avancera pour recevoir l'amour maternel, et qui préviendra ses désirs. Ne vous apercevez-vous pas que le vin nous manque; je veux dire la charité, ce vin nouveau de la loi nouvelle, qui réjouit le cœur de l'homme, dont l'âme des fidèles doit être enivrée? De là vient que nos festins sont tristes, que nous prenons avec si peu de goût la nourriture céleste de la sainte parole de Dieu : de là vient que nous nous voyons de tous côtés déchirés par tarit de factions différentes. Dieu, par une juste vengeance, voyant que nous refusons de nous unir à sa souveraine bonté par une affection cordiale, nous fait ressentir les malheurs de m lie divisions intestines. Sainte Vierge, impétrez-nous la charité, qui est mère de la paix, qui adoucit, tempère et réconcilie les esprits. Nous avons une grande confiance en votre faveur; parce qu'étant Mère de Dieu, nous sommes persuadés que vous avez beaucoup de pouvoir; et comme vous êtes la nôtre, nous ne serons point trompés, si nous attendons quelque grand effet de votre tendresse : c'est ce qui me reste à traiter dans cette seconde partie.
SECOND POINT
C'est avec beaucoup de sujet que nous réclamons dans nos oraisons la très-heureuse Marie, comme étant la mère commune de tous les fidèles. Nous avons reçu cette tradition de nos pères : ils nous orit appris que le genre humain ayant été précipité dans une mort éternelle par un homme et par une femme, Dieu avoit prédestiné une nouvelle Êy<? . aussi bien qu'un nouvel Adam, afin de nous faire renaître : et de cette doctrine, que tous les anciens ont enseignée d'un consentement unanime, il me seroit aisé de conclure que, comme la première Eve est ^a mère de tous les mortels, ainsi la seconde, qui est la très-sainte Vierge, doit être estimée la mère de tous les fidèles, Ce que je pourrais confirmer par une belle pensée de saint Epiphane'.