Conc.il. Eliberit., can. 'il ; Lab., tom. I, col
k. Luc xiii, 6 et seq.
Quel effet attendez-vous de vos confessions stériles? ne voyez-vous pas que vous vous trompez vous-mêmes; et qu'ennemis, non pas du péché, mais du reproche de vos consciences qui vous inquiète, c'est de cette inquiétude, et non du péché, que vous voulez vous défaire : de sorte que le fruit de vos pénitences c'est d'étouffer le remords, et de vous faire trouver la tranquillité dans le crime?
Ah! il est vrai, vous me convainquez : dans la foiblesse où je suis, je me garderai bien d'approcher des saints sacrements. J'avois prévu cette malheureuse conséquence. Nous voici donc dans ces temps dont parle saint Paul, -< où les hommes ne peuvent plus soutenir la sainte doctrine '. » Prêchez-leur la miséricorde toujours prête à les recevoir \ au lieu d'être attendris par cette bonté, ils ne cesseront d'en abuser, jusqu'à ce qu'ils la rebutent et la changent en fureur : faites-leur voir le péril où les précipite le mépris des saints sacrements; il n'y a plus de sacrements pour eux. Combien en effet en connoissons-nous qui n'ont plus rien de chrétien que ce faux respect pour les sacrements qui fait qu'ils les abandonnent, de peur, disent-ils, de les profaner! Le beau reste de christianisme! comme si on pouvoit faire, pour ainsi parler, un plus grand outrage aux remèdes, que d'en être environné sans daigner les prendre, douter de leur vertu et les laisser inutiles.
0 Jésus-Christ ressuscité, parlez vous-même. Vous avez dit de votre bouche sacrée que « les morts qui seroient gisants dans les tombeaux entendroient la voix du Fils de l'homme, et sortiroient des ombres de la mort2. » 0 vous, plus morts que les morts, morts de quatre jours, dont les entrailles déjà corrompues par des habitudes invétérées font horreur aux sens, « squelettes décharnés, os desséchés, » où il n'y a plus de suc, ni aucun reste de l'ancienne forme; quoiqu'une pierre pesante vous couvre, et que rien ne semble capable de forcer la dureté de votre cœur, « écoutez la voix du Fils de l'homme : » « Ossaarida, « audite verbum Domini3. » Est-ce en vain que saint Paul a dit que Dieu emploie pour vous convertir, et qu'il a mis dans ses sacrements « la même vertu par laquelle il a ressuscité Jésus-Christ : » a secundum « operationem potentiae virtutis ejus, quam operatus est in Christo, « suscitans illum a mortuis4; x par conséquent une vertu infinie, une vertu miraculeuse, une vertu qui ressuscite les morts? Pourquoi donc voulez-vous périr?
Ah ! j'ai trop abusé des grâces, et j'ai épuisé tous les remèdes. Mais pourquoi accusez-vous les remèdes que vous n'avez jamais pris qu'avec négligence? Avez-vous gémi ? avez-vous prié ? après avoir découvert vos plaies cachées à un sage médecin, avez-vous vécu dans le régime nécessaire, épargnant à votre foiblesse jusqu'aux occasions les moins dangereuses, et songeant plutôt à éviter les tentations qu'à les combattre? Mais celte vie est trop ennuyeuse, et on ne peut la souffrir. Songez, songez non pas aux ennuis, mais aux douleurs et au désespoir d'une éternité malheureuse : ce n'est pas ce qu'il nous faut faire pour
l. II Tim. iv, 3. - 2. Joan. v, 25, 28. — 3. Ezech. xxxvn, 4. 4. Colos». n, 12.
notre salut, qui doit nous sembler difficile; mais ce qui nous arrivera, si nous en abandonnons le soin. Faites donc un dernier effort; vous consultez trop longtemps. Ecoutez le conseil de saint Augustin; il a été dans la peine où je vous vois, et saura bien vous conseiller ce qu'il y faut faire. a Nolite libenter colloqui cum cupiditatibus vestris1 : » « Cessez, dit ce pécheur si parfaitement converti, cessez de discourir avec vos passions et avec vos foiblesses; » vous écoutez trop leurs vaines excuses, les délais qu'elles vous proposent, les mauvais exemples qui les entretiennent, la mauvaise honte qu'elles vous remettent continuellement devant les yeux, et enfin les mauvaises compagnies qui vous entraînent au mal comme malgré vous. Ne voyez-vous pas l'erreur des hommes, qui, ne trouvant dans leurs plaisirs qu'une joie trompeuse, et jamais le repos qu'ils cherchent, s'étourdissent les uns les autres, et s'encouragent mutuellement à mal faire, toujours plus déterminés en compagnie qu'en particulier; marque visible d'égarement, et que leurs plaisirs destitués de la vraie nature du bien , et toujours suivis du dégoût, ont besoin, pour se soutenir, du tumulte qui offusque la réflexion? Cessez de les écouter, si vous ne voulez périr avec eux. Une grande résolution se doit prendre par quelque chose de vif et avec un soudain effort : demain, c'est trop tard, sortez aujourd'hui de i'abîme où vous périssez, et où peut-être vous vous déplaisez depuis si longtemps. On n'aura pas demain un autre Évangile, ni un autre enfer, ni un autre Dieu et un autre Jésus-Christ à vous prêcher : l'Église a fait ses derniers efforts dans cette fête et a épuisé toutes ses menaces. La vieillesse, où vous mettez votre confiance, ne fera que vous affoiblir l'esprit et le cœur, et répandre sur vos passions un ridicule qui vous rendra la fable du monde , mais qui n'opérera pas votre conversion. La mort, qui la suit de près, vous fera jouer peut-être le personnage de pénitent comme à un Antiochus; vous serez alarmés et non convertis : votre âme sera jetée dans un trouble irrémédiable; et incapable, dans sa frayeur, de se posséder elle-même, elle vous fera rouler sur les lèvres des actes de foi suggérés, comme l'eau court sur la pierre sans la pénétrer. Ainsi il n'y aura plus pour vous de miséricorde.
a Ah! mes Frères, j'espère de vous de meilleures choses, encore que je parle ainsi : » a Confîdimus autem de vobis, dilectissimi, meliora, a et viciniora saluti, tametsi ita loquimur1. » Car pourquoi voulez-vous mourir, maison d'Israël, peuple béni, peuple bien-aimé; autrefois enfants de colère, et maintenant enfants d'adoption et de dilection éternelle; vous pour qui toutes les chaires retentissent d'avertissements salutaires, pour qui coulent toutes les grâces dans les sacrements, pour qui toute l'Église est en travail et s'efforce de vous enfanter en Jésus- Christ, mais pour qui Jésus-Christ est mort, pour qui ce Sauveur ressuscité ne cesse d'intercéder auprès de son Père par ses plaies : pourquoi voulez-vous mourir? Vivez, vivez plutôt, mes chers Frères; c'est Dieu même qui vous le demande , qui vous y exhorte, qui vous l'ordonne, qui vous en prie. Et nous, indignes interprètes de ses volontés, et
I. In ps. cxxxvi, q. 21, tom. IV, col. 1525. — 2. Ihbr. vi, 9.
ministres tels quels de sa parole, nous secondons le dessein de sa miséricorde, et de cette même bouche dont nous vous consacrons les divine mystères, « nous vjus conjurons pour Jésus-Christ, avec l'Apôtre, réconciliez-vous à I^u . » « Obsecramus pro Christo, reconciliamini « ûeo ' ,• » et' encore avec le prophète : « Convertissez vous et vivez7;» mais, afin de vivre pour ne plus mourir, vivez dans les précautions nécessaires à la faiblesse, a Souvenez-vous, dit Jésus-Christ, de la femme de Loth% a et de la suite funeste d'un regard fugitif, et du monument éternel, que Dieu nous y donne, des châtiments qui suivent les moindres retours vers les objets qu'il faut quitter. Le grand mal des Israélites sous Achab, et celui qui les fit périr sans ressource, c'est que, parmi les dieux étrangers dont ils encensoient les autels, « ils furent, dit l'Écriture, si abominables, qu'ils adorèrent les dieux des Amorrhéens que Dieu avoit mis en fuite devant eux*. » Ces dieux vaincus, ces dieux renversés avec les peuples qui les servoient, furent révérés des Israélites et devinrent l'objet de leur culte : ce fut le comble de leurs maux et le pas le plus prochain vers la perdition. Craignez une semblable aventure : que ces idoles abattues ne voient jamais redresser leurs abominables autels; que la pensée de la mort efface tout l'éclat qui vous éblouit; que la résurrection de Jésus-Christ ouvre vos yeux aux biens éternels, et enfin que jamais le monde vaincu ne redevienne vainqueur.
Sire, quel autre sait mieux que vous assurer une victoire? et de qui pouvons-nous apprendre avec plus de fruit les véritables effets d'un triomphe entier, que de cette main invincible sous laquelle tant d'ennemis abattus ont vu tomber tout ensemble et leurs forces et leur courage, et, malgré leur secret dépit, ont perdu, avec l'espérance de se relever, jusqu'à l'envie de combattre? Jamais le monde ne sera tout à fait vaincu parles chrétiens, jusqu'à ce qu'il soit atterré de cette sorte, et qu'à force de le vaincre nous l'ayons réduit à désespérer pour jamais de rétablir dans nos cœurs son empire renversé. Mais, Sire, Votre Majesté, après la victoire si pleine et si assurée, a donné la paix à ses ennemis domptés; et cette paix tant vantée, mais qui ne l'est pas encore assez, fait le comble de votre gloire. Dans la guerre que les chrétiens ont à soutenir il n'y a ni paix ni trêve, puisque, si le monde cesse quelquefois de nous attaquer par le dehors, nous-mêmes nous ne cessons, par de continuels combats, de mettre notre salut en péril; de sorte que l'ennemi est toujours aux portes, et que le moindre relâchement, le moindre retour, enfin le moindre regard vers la conduite passée, peut en un moment faire évanouir toutes nos victoires, et rendre nos engagements plus dangereux que jamais : il faut donc s'armer de nouveau après le triomphe. Prenez. Sire, ces armes salutaires dont parle saint Paul s : la foi, la prière, le zèle, l'humilité, la ferveur; c'est par là qu'on peut assurer sa victoire parmi les infirmités et dans les tentations de cette vie. Arbitre de l'univers, et supérieur
i. // Cor. v, 20. — 2. Ezech. xvm, 32. — 3. Luc. xvn, 32. 4. /// Reg. xx r, 26. — t. Ephes. vi, 11 etseq.
même à la fortune, si la fortune étoit quelque chose, c'est ici la seule occasion où vous pouvez craindre sans honte, et il n'y a plus pour vous qu'un seul ennemi à redouter : vous-même, Sire, vous-même, vos victoires, votre propre gloire, cette puissance sans bornes si nécessaire à conduire un Etat, si dangereuse à se conduire soi-même; voilà le seul ennemi dont vous ayez à vous défier. Qui peut tout , ne peut pas assez; qui peut tout, ordinairement tourne sa puissance contre luimême; et quand le monde nous accorde tout, il n'est que trop malaisé de se refuser quelque chose; mais aussi c'est la grande gloire et la parfaite vertu de savoir, comme vous, se donner des bornes et demeurer dans la règle, quand la règle même semble nous céder.
Pour vivre dans cette règle qui soumet à Dieu toute créature, il faut, Sire, quelquefois descendre du trône. L'exemple de Jésus-Christ nous fait assez Voir que « celui qui descend, c'est celui qui monte. Celui qui est descendu, dit saint Paul ', jusqu'aux profondeurs de la terre, c'est celui qui est monté au plus haut des cieux. » Il faut donc descendre avec lui, quelque grand qu'on soit; descendre pour s'humilier, descendre pour se soumettre, descendre pour compatir, pour écouter de plus près la voix de la misère qui perce le cœur, et lui apporter un soulagement digne d'une si grande puissance. Voilà comme Jésus-Christ est descendu: qui descend ainsi remonte bientôt. C'est, Sire, l'élévation que je vous souhaite. Ainsi votre grandeur sera éternelle, votre État ne manquera jamais; nous vous verrons toujours roi, toujours couronné, toujours vainqueur et en ce monde et en l'autre, par la grâce et la bénédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.
Quam pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël!
Que vos tentes sont belles, ô enfants de Jacob ! que vos pavillons, û Israélites, sont merveilleux! C'est ce que dit Balaam, inspiré de Dieu, à la vue du camp d'Israël dans le désert. Au livre des Nombres, xxiv, 1, 2, 3, 5.
Messeigneurs, C'est sans doute un grand spectacle de voir l'Église chrétienne figurée dans les anciens Israélites ; la voir, dis-je, sortie de l'Egypte et des ténèbres de l'idolâtrie, cherchant la terre promise à travers un désert immense, où elle ne trouve que d'affreux rochers et des sables bru-
2.' Srmonïur Vunité de l'Église prêché à l'ouverture de l'assemblée générale du cler»é de France le 9 novembre 1G81.
SERMON SUR i/UNITÉ DE i/ÉGUSE. 491
lants; nulle terre, nulle culture, nul fruit; une sécheresse effroyable; nul pain qu'il ne lui faille envoyer du ciel; nul rafraîchissement qu'il ne lui faille tirer par miracle du sein d'une roche; toute la nature stérile pour elle, et aucun bien que par grâce : mais ce n'est pas ce qu'elle a de plus surprenant. Dans Thorreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d'ennemis; ne marchant jamais qu'en bataille; ne logeant que sous des tentes; toujours prête à déloger et à combattre : étrangère que rien n'attache, que rien ne contente; qui regarde tout en passant, sans vouloir jamais s'arrêter : heureuse néanmoins en cet état, tant à cause des consolations qu'elle reçoit durant le voyage, qu'à cause du glorieux, et immuable repos qui sera la fin de sa course. Voilà l'image de l'Église pendant qu'elle voyage sur la terre.
Ealaam la voit dans le désert : son ordre, sa discipline, ses douze tribus rangées sous leurs étendards : Dieu, son chef invisible, au milieu d'elle : Aaron, prince des prêtres et de tout le peuple de Dieu, chef visible de l'Église sous l'autorité de Moise, souverain législateur et figure de Jésus- Christ : le sacerdoce étroitement uni avec la magistrature : tout en paix par le concours de ces deux puissances : Coré et ses sectateurs, ennemis de l'ordre et de la paix, engloutis à la vue de tout le peuple, dans la terre soudainement entr'ouverte sous leurs pieds, et ensevelis tout vivants dans les enfers. Quel spectacle ! quelle assemblée! quelle beauté de l'Église! Du haut d'une montagne, Balaam la voit toute entière; et au lieu de la maudire comme on .y vouloit contraindre, il la bénit. On le détourne, on espère lui en cacher la beauté, en lui montrant ce grand corps par un coin d'où il ne puisse en découvrir qu'une partie ; et il n'est pas moins transporté : parce qu'il voit cette partie dans le tout, avec toute la convenance et toute la proportion qui les assortit l'un avec l'autre. Ainsi, de quelque côté qu'il la considère, il est hors de lui; et ravi en admiration il s'écrie : « Quam pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël ! >» « Que vous êtes admirables sous vos tentes, enfants de Jacob! »» quel ordre dans votre camp l quelle merveilleuse beauté paroît dans ces pavillons si sagement arrangés; et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie !
Il n'est pas possible, mes Frères, qu'à la vue de cette auguste assemblée vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de l'Église universelle se présente à vous. C'est l'Église gallicane qui vous a tous engendrés, en Jésus-Christ: Église renommée dans tous les siècles; aujourd'hui représentée par tant de prélats que vous voyez assistés de l'élite de leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l'ordre qu'ils en ont reçu du ciel. C'est en leur nom que je vous parle : c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle , cette Église gallicane, pleine de science et de vertu t mais qu'elle est belle dans son tout, qui est l'Église catholique; et qu'elle est belle saintement et inviolablement unie à son chef, c'est-à-dire au successeur de saint Pierre l Oh! que cette union
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ne soit point troublée I que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite !
Esprit saint, Esprit pacifique, qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison, affermissez-y la paix. La paix est l'objet de cette assemblée : au moindre bruit de division nous accourons effrayés, pour unir parfaitement le corps de l'Église, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais puisqu'il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.
Messeigneurs ,
« Regarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré sur la montagne. » C'est ce qui fut dit à Moïse, lorsqu'il eut ordre de construire le tabernacle '. Mais saint Paul nous avertit 2 que ce n'est point ce tabernacle bâti de main d'homme qui doit être travaillé avec tant de soin , et formé sur ce beau modèle : c'est le vrai tabernacle de Dieu et des hommes; c'est l'Église catholique, où Dieu habite, et dont le plan est fait dans le ciel. C'est aussi pour cette raison que saint Jean voyoit dans l'Apocalypse la « sainte cité de Jéruralem 3t » et l'Église qui commençoit à s'établir par toute la terre; il la voyoit, dis-je, descendre du ciel. C'est là que les desseins ont été pris: « Regarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré sur cette montagne. *>
Mais pourquoi parler de saint Jean et de Moïse ? écoutons Jésus- Christ lui-môme. Il nous dira qu'il ne fait « rien que ce qu'il voit faire à son père4. » Qu'a-t-il donc vu, Chrétiens, quand il a formé son Église? qu'a-t-il vu dans la lumière éternelle et dans les splendeurs des saints où il a été engendré devant l'aurore? C'est le secret de l'Époux, et nul autre que l'Époux ne le peut dire.
<c Père saint, je vous recommande ceux que vous m'avez donnés; » je vous recommande mon Église: « gardez-les en votre nom, afin qu'ils soient un comme nous*; » et encore : « Comme vous êtes en moi, et moi e» vous, ô mon Père, ainsi qu'ils soient un en nous. Qu'ils soient un comme nous; qu'ils soient un en nous8 : » je vous entends, ô Sauveur; vous voulez faire votre Eglise belle, vous commencez par la faire parfaitement une : car qu'est-ce que la beauté, sinon un rapport, une convenance, et enfin une espèce d'unité? Rien n'est plus beau que la nature divine, où le nombre même, qui ne subsiste que dans les rapports mutuels de trois Personnes égales, se termine en une parfaite unité. Après la Divinité, rien n'est plus beau que l'Église où l'unité divine est représentée. « Un comme nous, un en nous : regardez, et faites suivant ce modèle. »
Une si grande lumière nous éblouiroit : descendons, et considérons
1. Exod. xxv, 40. — 2. Heb. vni, 9. — 3. Apoc. xxi, lo. k. Joan. v, 19. — 5. Ibid., xvn, il. — 6. Ibid., 21, 22.
SERMON SUR L'UNITÉ* DÉ l/ÉGLISE. 493
l'unité avec la beauté dans les cœurs des anges. La lumière s'y distribue sans se diviser : elle passe d'un ordre à un autre, d'un chœur à un autre avec une parfaite correspondance, parce qu'il y a une parfaite subordination. Les anges ne dédaignent pas de se soumettre aux archanges, ni les archanges de reconnoître les puissances supérieures. C'est une armée où tout marche avec ordre; et comme disoit ce patriarche : a C'est ici le camp de Dieu1 . » C'est pourquoi, dans ce combat donné dans le ciel, on nous représente « Michel et ses anges contre Satan et ses anges2. » Il y a un chef dans chaque parti; mais ceux qui disent avec saint Michel : « Qui égale Dieu? » triomphent des orgueilleux, qui disent : Qui nous égale? et les anges victorieux demeurent unis à leur Créateur sous le chef qu'il leur a donné. 0 Jésus, qui n'êtes pas moins le chef des anges que celui des hommes : « Regardez, et faites selon ce modèle; » que la sainte hiérarchie de votre Église soit formée sur celle des esprits célestes. Car, comme dit saint Grégoire3, « si la seule heauté de l'ordre fait qu'il se trouve tant d'obéissance où il n'y a point de péché, combien plus doit-il y avoir de subordination et de dépendance parmi nous; où le péché mettroit tout en confusion sans ce secours! »
Selon cet ordre admirable, toute la nature angélique a ensemble une immortelle beauté; et chaque troupe, chaque cœur des anges a sa beauté particulière, inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du ciel à la terre; et je vous ai dit d'abord qu^utre la beauté de i'Êglise universelle, qui consiste dans l'assemblage du tout, chaque Église placée dans un si beau tout avec une justesse parfaite, a sa grâce particulière. Jusqu'ici tout nous est commun avec les saints anges : mais saint Grégoire nous a fait remarquer que le péché n'est point parmi eux; c'est pourquoi la paix y règne éternellement. Cette cité bienheureuse, d'où les superbes et les factieux ont été bannis, où il n'est resté que les humbles et les pacifiques, ne craint plus d'être divisée. Le péché est parmi nous : malgré notre infirmité, l'orgueil y règne; et tirant tout à soi, il nous arme les uns contre les autres. L'Église donc, qui porte en son sein, dans ce secret principe d'orgueil qu'elle ne cesse de réformer dans ses enfants, une éternelle semence de division, n'auroit point de beauté durable, ni de véritable unité, si elle ne trouvoit dans son unité des moyens de s'y affermir, quand elle est menacée de division.
Écoutez : voici le mystère de l'unité catholique, et le principe immortel de la beauté de l'Église. Elle est belle et une dans son tout; c'est ma première partie, où nous verrons la beauté de tout le corps de l'Église : belle et une en chaque membre: c'est ma seconde partie, où nous verrons la beauté particulière de l'Église gallicane dans ce beau tout de l'Église universelle : belle et une d'une beauté et d'une unité durable; c'e t ma dernière partie, où nous verrons dans le sein de l'unité catholique des remèdes pour prévenir les moindres com-
t. Gènes, xxxn, 2.-2. Apoc. xn, ".