S. Gyprian., Ep. ad Donat., p
supplice que d'être seul, comme si ce n'étoit pas assez de lui-même pour pouvoir s'occuper agréablement dans l'affaire de son salut. Cependant il est véritable, vous vous fuyez vous-même, vous refusez de converser avec vous-même, vous cherchez continuellement les autres, et vous ne pouvez vous souffrir vous-même. «Usque adeo charus est hic « mundus nominibus, ut sibimetipsis viluerint » : Ce monde tient si fort au cœur des hommes, qu'ils se dédaignent eux-mêmes, » qu'ils en oublient leurs propres affaires. Désabusez- vous, ô mortels! que vous servent ces liaisons et ces nouvelles intrigues où vous vous jetez tous les jours? C'est pour vous donner du crédit, pour avoir de l'autorité. Mais unissez-vous avec Dieu, et apprenez de François de Paule que c'est par là qu'on peut acquérir la véritable puissance : « omnia « mea tua sunt : » c'est ma troisième partie.
TROISIÈME POINT
Nous apprenons de Tertullien que l'hérétique Marcion avoit l'insolence de reprocher hautement au Dieu d'Abraham qu'il ne s'accordoit pas avec lui-même. Tantôt il paroissoit dans son Écriture avec une majesté si terrible, qu'on n'en osoit approcher sans crainte; et tantôt il avoit, dit-il, des faiblesses, des facilités, des bassesses et des enfances, « pusillitates et incongruentias Dei2,» comme il avoit l'audace de s'exprimer, jusqu'à craindre de fâcher Moïse, et à le prier de le laisser faire : « Dimitte me ut irascatur furor meus3: » « Laisse-moi lâcher la bride à ma colère » contre ce peuple infidèle. D'où cet hérétique concluoit, que le Dieu que servoient les Juifs avoit une conduite irrégulière, qui se démentoit elle-même.
Ce qui servoit de prétexte à cette rêverie sacrilège, c'est en effet, Messieurs, que nous voyons dans les saintes Écritures que Dieu change en quelque façon de conduite selon la diversité des personnes. Quand les hommes présument d'eux-mêmes, ou qu'ils manquent à la soumission qui lui est due, ou qu'ils prennent peu de soin de se rendre dignes de s'approcher de sa majesté, il ne se relâche jamais d'aucun de ses droits, et il conserve avec eux toute sa grandeur. Voyez comme il traite Achab, comme il se plaît à l'humilier. Au contraire quand on obéit, et que l'on agit avec lui en simplicité de cœur, il se dépouille en quelque sorte de sa puissance, et il n'y a aucune partie de son domaine, dont il ne mette en possession ses serviteurs. «Vive le Seigneur, dit Ëlie, en la présence duquel je suis, il n'y aura ni pluie ni rosée que par mon congé : » <« Vivit Dominus, in cujus conspectu sto, « si erit annis his ros et pluvia nisi juxta oris mei verba '.» Voilà un homme qui paroît bien vindicatif, et cependant voyez-en la suite. C'est un homme qui jure, et Dieu se sent lié par ce serment; et pour délivrer la parole de son serviteur, confirmée par .con jurement, il ferme le ciel durant trois années avec une rigueur infexible.