Ps. xxxi lo. — 8. Luc. vi, 15. — 9. Coloss. m
séricorde et par grâce : « dilecti, » bien-aimés, par pure bonté : « sancti, » saints, parla rémission gratuite de tous vos péchés : « In- « duite vos ergo viscera misericordiae . » « Revêtez-vous donc d'entrailles de miséricorde. »
Pouvez -vous mieux confesser la miséricorde que vous recevez, qu'en la faisant aux autres en simplicité de cœur? Si vous êtes durs et superbes sur les misérables, il semble que vous ayez oublié votre misère propre. Si vous la faites aux autres dans un sentiment de tendresse, vous ressouvenant des grâces; c'est alors que vous honorez ces bienfaits : c'est là le sacrifice que demande sa miséricorde : « Talibus « hostiis promeretur1 : » « C'est par de semblables hosties qu'on se rend Dieu favorable. » 11 y a un sacrifice de destruction; c'est le sacrifice de la justice divine, en témoignage qu'elle détruit les pécheurs. Mais le propre de la miséricorde, c'est de conserver : il lui faut pour sacrifice conserver les pauvres et les misérables : voilà l'oblation qui lui plaît. Vous prétendez au royaume céleste : Dieu vous en a donné la connoissance ; il vous y appelle par son Évangile, il vous y conduit par sa grâce : « Quid retribuam Domino'? » « Que rendrai-je au Seigneur? » Quelle victime lui offrirez-vous? voyez tous ces pauvres malades : offrez-lui ces victimes vivantes et raisonnables, conservées et soulagées par vos charités et par vos aumônes. Ils sont dans la fournaise de la pauvreté et de la maladie ; que ne descendez-vous avec la rosée de vos aumônes? 0 sacrifice agréable! « Viscera sanctorum re- * quieverunt per te, frater »: » « Les cœurs des saints ont reçu beaucoup de soulagement de voire bonté, mon cher frère. » A qui cela convient-il mieux, sinon aux pauvres malades? Je ne néglige pas pour cela les autres; mais je prête ma voix à ceux-ci, parce qu'ils n'en ont point. Voyez quelle est leur nécessité. Nous naissons pauvres; Dieu a commandé à la terre de nous fournir notre nourriture : ceux qui n'ont point ce fonds, imposent un tribut à leurs mains; ils exigent d'elles ce qui est nécessaire au reste du corps : voilà le second degré de misère. Quand ce fonds leur manque par l'infirmité, mais encore y a-t-il quelque recours : la nature leur a donné une voix, des plaintes, des gémissements; dernier refuge des pauvres affligés pour attirer le secours des autres. Ceux dont je parle n'ont pas ces moyens : ils sont contraints d'être renfermés : leurs plaintes ne sont entendues que de leur pauvre famille éplorée, et de quelques-uns de leurs voisins, peutêtre encore plus misérables qu'eux. Mais dans l'extrême misère, quand on a l'usage de son esprit libre, la nécessité fait trouver des inventions : le leur est accablé par la maladie, par les inquiétudes, et souvent par le désespoir. Dans une telle nécessité, puis-je leur refuser
ma voix?
Combien de malades dans Metz ! 11 semble que j'entends tout autodr de moi un cri de misère : ne voulez-vous pas avoir pitié? leur voix est lasse, parce qu'elle est infirme : moins je les entends, et plus ils me percent le cœur. Mais si leur voix n'est pas assez forte, écoute*
t. Heb. xin, 16. - 2. Ps. cxv, 3. - 3. Philem. 7.
Jésus-Christ qui se joint à eux. Ingrat, déloyal, nous dit-il, tu manges et tu te reposes à ton aise; et tu ne songes pas que je suis souffrant en telle maison, que j'ai la fièvre en cette autre, et que partout je meurs de faim, si tu ne m'assistes. Qu'attendez -vous, cruels, pour subvenir à la pauvreté de ce misérable? Quoi! attendez-vous que les ennemis de la foi en prennent le soin pour les gagner à eux par une cruelle miséricorde ? Voulez-vous que votre dureté leur serve d'entrée? Ah! qu'un homme se fait bien entendre, quand il vient donner la vie à un désespéré. Foiblesse d'esprit dans la maladie. Vous voulez qu'ils soient secourus, favorisez donc de tout votre pouvoir cette confrérie charitable qui se consacre à leur service. Aidez ces filles charitables, dont toute la gloire est d'être les servantes des pauvres malades; victimes consacrées pour les soulager. Et ne me dites point : les pauvres sont de mauvaise humeur, on ne peut les contenter. C'est une suite nécessaire de la pauvreté. Sont-ils de plus mauvaise humeur que ceux auxquels Jésus-Christ disoit : «0 generatio perversa! usque- « quo patiar vos ? adduc hue filium tuum '. » « 0 race incrédule et dépravée! jusqu'à quand vous souffrirai -je? amenez ici votre fils. » Mais ils ne se contentent pas de ce que nous leur donnons : ils veulent de l'argent et non des bouillons, et non des remèdes. Qui le veut? c'est l'avarice. Vous n'êtes pas assemblés pour satisfaire à ce que leur avarice désire, mais à ce qu'exige leur nécessité. Mais il n'y a point de fonds? C'est la charité des fidèles; et c'est à vous, Mesdames, à l'exciter. C'est pour cela, Mesdames, que vous vous êtes toutes données à Dieu pourf aire la quête.
Si la pauvreté dans le christianisme est honorable, vous devez être honorées de faire pour Jésus-Christ l'action des pauvres. Quoi ! rougirez-vous de demander l'aumône pour Jésus-Christ? Quand est-ce que vous donnerez, si vous ne pouvez vous résoudre à demander? Vous devriez ouvrir vos bourses, et vous refusez de tendre la main ! mais on ne me donne rien. 0 vanité, qui te mêles jusque dans les actions les plus humbles, ne nous laisseras-tu jamais en repos? Jésus se contente d'un liard; Jésus se contente d'un verre d'eau : bien plus, il ne iaisse pas de demander aux plus rebelles , aux plus incrédules. Animezvous donc les unes les autres; mais persévérez. Quelle honte d'avoir commencé ! ce seroit une hypocrisie. Rien de plus saint : tout le monde y devroit concourir. N'écoutez pas ceux qui disent : Cet œuvre ne durera pas. Il ne durera pas si vous êtes lâches : il ne durera pas si vous manquez de foi, si vous vous défiez de la Providence. Dieu suscitera l'esprit de personnes pieuses pour vous fournir des secours. extraordinaires; mais ce sera si vous faites ce que vous pouvez. Quelle consolation ! je n'ai qu'un écu à donner; il se partagera entre tous les pauvres, comme la nourriture entre tous les membres! C'est l'avantage de faire les choses en union. Si chaque membre prenoit sa nourriture de lui-même, confusion et désordre; la nature y a pourvu : une même bouche. Comme les membres s'assistent les uns les autres,
î. Luc. ix, k.
prêtez-leur vos mains, prêtez-leur vos voies. La main prend un bâton pour soutenir le corps au défaut du pied.
Exhortation, considérant la miséricorde que nous recevons de Jésus- Christ : que lui rendrons-nous? il n'a que faire de nous. Empressement de la reconnoissance : Sauveur, je meurs de honte de recevoir vos bienfaits sans rien rendre; donnez-moi le moyen de les reconnoltre. Pressé par ces raisons que la gratitude inspire, il dit : Je te donne les pauvres; ce que tu leur feras, je le tiens pour reçu aux mêmes conditions qu'eux : je veux entrer en leur place. Ne le crois-tu pas? C'est lui qui le dit. Il a dit que du pain c'étoit son corps; tu le crois et tu l'adores. Il a dit qu'une goutte d'eau lavoit nos péchés: tu le crois, et tu conduis tes enfants à cette fontaine. Il a dit qu'il étoit en la personne des pauvres; pourquoi refuses-tu de le croire? si tu refuses de le croire, tu le croiras et tu le verras, lorsqu'il dira : «Infirme mus, et non visitastis me ' : » « J'ai été malade, et vous ne m'avez pas visité. » L'homme devant Dieu, demandant de le voir dans sa gloire : Tu ne m'as pas voulu voir dans mon infirmité : une troupe de misérables s'élèvera : Seigneur, c'est un impitoyable. C'est pour cela que le mauvais riche voit Lazare au sein d'Abraham. Au contraire, ces pauvres vous recevront dans les demeures éternelles : « Récipient vos a in aeterna tabernacula 2. »
Employer à cela le crédit et l'autorité : elle s'évanouira en l'autre monde. Voulez-vous qu'elle vous y serve, employez-la au ministère des pauvres.