Job. xii, 1. — 2. Scorp. n
fection de notre morale. Mais certes ces deux grâces sont inséparables Il ne faut point deux soleils non plus dans la religion que dans la nature; et quiconque nous est envoyé de Dieu pour nous éclairer dans les mœurs, le même nous donnera la connoissance certaine des choses divines qui sont le fondement nécessaire de la bonne vie. Disons donc que le Fils de Dieu nous montre beaucoup mieux sa divinité en dirigeant sans erreur la vie humaine, qu'il n'a fait en redressant les boiteux et faisant marcher les estropiés. Celui-là doit être plus qu'homme, qui, à travers de tant de coutumes et de tant d'erreurs, de tant de passions compliquées et de tant de fantaisies bizarres, a su démêler au juste et fixer précisément la règle des mœurs. Réformer ainsi le genre humain, c'est donner à l'homme la vie raisonnable; c'est une seconde création, plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de cette réformation salutaire au genre humain, doit avoir à son secours la même sagesse qui a formé l'homme la première fois. Enfin c'est un ouvrage si grand, que si Dieu ne l'avoit pas fait, lui-même l'envieroit à son auteur.
Aussi la philosophie l'a-t-elle tenté vainement. Je sais qu'elle a conservé de belles règles et qu'elle a sauvé de beaux restes du débris des connoissances humaines; mais je perdrois un temps infini si je voulois raconter toutes ses erreurs. Allons donc rendre nos hommages à cette équité infaillible qui nous règle dans l'Évangile. J'y cours, suivez-moi, mes Frères; et afin que je vous puisse présenter l'objet d'une adoration si légitime, permettez que je vous trace une idée et comme un tableau raccourci de la morale chrétienne.
Elle commence par le principe. Elle rapporte à Dieu, auquel elle nous lie par un amour chaste, l'homme tout entier, et dans sa racine, et dans ses branches et dans ses fruits, c'est-à-dire dans sa nature, dans ses facultés, dans toutes ses opérations. Car, comme elle sait, Chrétiens, que le nom de Dieu est un nom de père, elle nous demande l'amour; mais pour s'accommoder à notre foiblesse, elle nous y prépare par la crainte. Ayant donc ainsi résolu de nous attacher à Dieu par toutes les voies possibles, elle nous apprend que nous devons en tout temps et en toutes choses révérer son autorité, croire à sa parole, dépendre de sa puissance, nous confier en sa bonté, craindre sa justice, nous abandonner à sa sagesse, espérer son éternité.
Pour lui rendre le culte raisonnable que nous lui devons, elle nous apprend, Chrétiens, que nous sommes nous-mêmes ses victimes; c'est pourquoi elle nous oblige à dompter nos passions emportées et à mortifier nos sens, trop subtils séducteurs de notre raison. Elle a sur ce sujet des précautions inouïes. Elle va éteindre jusqu'au fond du cœur l'étincelle qui peut causer un embrasement. Elle étouffe la colère, de peur qu'en s'aigrissant elle ne se tourne en haine implacable. Elle n'attend pas à ôter l'épée à l'enfant après qu'il se sera donné un coup mortel; elle la lui arrache des mains dès la première piqûre. Elle retient jusqu'aux yeux, par une extrême jalousie qu'elle a pour garder le cœur. Enfin elle n'oublie rien pour soumettre le corps à l'esprit, l'esprit tout entier à Dieu; et c'est là, Messieurs, notre sacrifice.
Nous avons à considérer sous qui nous vivons et avec qui nous vivons. Nous vivons sous l'empire de Dieu; nous vivons en société avec les hommes. Après donc cette première obligation d'aimer Dieu comme notre souverain, plus que nous-mêmes, s'ensuit le second devoir d'aimer l'homme notre prochain en esprit de société, comme nous-mêmes. Là se voit très-saintement établie, sous la protection de Dieu, la charité fraternelle, toujours sacrée et inviolable, malgré les injures et les intérêts; là l'aumône, trésor de grâces; là le pardon des injures, qui nous ménage celui de Dieu; là enfin la miséricorde préférée au sacrifice, et la réconciliation avec son frère irrité, nécessaire préparation pour approcher de l'autel. Là, dans une sainte distribution des offices de la charité, on apprend à qui on doit le respect, à qui l'obéissance, à qui le service, à qui la protection, à qui le secours, à qui la condescendance, à qui de charitables avertissements; et on voit qu'on doit la justice à tous et qu'on ne doit faire injure à personne non plus qu'à soi-même.
Voulez-vous que nous passions à ce que Jésus-Christ a institué pour i)rdooner les familles? Il ne s'est pas contenté de conserver au ma- .iage son premier bonheur; il en a fait un sacrement de la religion et un signe mystique de sa chaste et immuable union avec son Église. En cette sorte il a consacré l'origine de notre naissance. 11 en a retranché la polygamie, qu'il avoit permise un temps en faveur de l'accroissement de son peuple, et le divorce qu'il avoit souffert à cause de la dureté des cœurs. Il ne permet plus que l'amour s'égare dans la multitude; il le rétablit dans son naturel, en le faisant régner sur deux cœurs unis, pour faire découler de cette union une concorde inviolable dans les familles et entre les frères. Après avoir ramené les choses à la première institution, il a voulu désormais que la plus sainte alliance du genre humain fût aussi la plus durable et la plus ferme, et que le nœud conjugal fût indissoluble, tant par la première force de la foi donnée que par l'obligation naturelle d'élever les enfants communs, gages précieux d'une éternelle correspondance. Ainsi il a donné au mariage des fidèles une forme auguste et vénérable, qui honore la nature, qui supporte la foiblesse, qui garde la tempérance, qui bride la sensualité. *
Que dirai-je des saintes lois qui rendent les enfants soumis et les parents charitables, puissants instigateurs à la vertu, aimables censeurs des vices; qui répriment la licence « sans abattre le courage? » « Ut non pusillo animo fiant '. » Que dirai-je de ces belles institutions par lesquelles et les maîtres sont équitables et les serviteurs aifectionnés; Dieu même, tant il est bon et tant il est père, s'étant chargé de leur tenir compte de leurs services fidèles? « Maîtres, vous avez un maître au ciel2; serviteurs, servez comme à Dieu, car votre récompense vous est assurée3. » Qui a mieux établi que Jésus-Christ l'autorité des princes, des magistrats et des puissances légitimes ? Il fait un devoir de religion de l'obéissance qui leur est due. Ils régnent sur les