‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 2)Chapitre 70 sur 171 · SERMON SUR LE MYSTERE DE LA NATIVITÉ DE N.-S · texte numérisé non relu

SERMON SUR LE MYSTERE DE LA NATIVITÉ DE N.-S

Mais mettons ces vérités dans un plus grand jour et suivons attenvement;. arrêtons-nous un peu sur tous les degrés de cette descente ïiystérieuse, tels qu'ils sont représentés dans notre Evangile. Et prenièrement, il est clair que le Fils de Dieu, en se faisant homme, pouvait prendre la nature humaine avec les mêmes prérogatives qu'elle voit dans son innocence, la santé, la force, l'immortalité; ainsi la Verbe divin seroit homme sans être travaillé des infirmités que le péché seul nous a méritées. Il ne l'a pas fait, Chrétiens; il a voulu prendre, avec la nature, les foiblesses qui l'accompagnent. Mais en prenant ces foiblesses, il pou voit ou les couvrir, ou les relever parla pompe, par l'abondance, par tous les autres biens que le monde admire : qui doute qu'il ne le put? Il ne le veut pas; il joint aux infirmités naturelles toutes les misères, toutes les disgrâces, tout ce que nous appelons mauvaise fortune; et par là ne voyez-vous pas quel est l'ordre de sa descente? Son premier pas est de se faire homme; et par là il se met au-dessous des anges, puisqu'il prend une nature moins noble, selon ce que dit l'Écriture sainte : « Minuisti eum paulo minus « ab angelis ' : » a Vous l'avez abaissé au-dessous des anges. » Ce n'est pas assez : mon Sauveur descend le second degré. S'il s'est rabaissé par son premier pas au-dessous de la nature angélique, il fait une seconde démarche qui le rend égal aux pécheurs. Et comment? Il ne prend pas la nature humaine telle qu'elle étoit dans son innocence, saine, incorruptible, immortelle; mais la prend en l'état malheureux où le péché l'a réduite, exposée de toutes parts aux douleurs, à la corruption, à la mort. Mais mon Sauveur n'est pas encore assez bas. Vous le voyez déjà, Chrétiens, au-dessous des anges par notre nature, égalé aux pécheurs par l'infirmité; maintenant, faisant son troisième pas, il se va, pour ainsi dire, mettre sous leurs pieds, en s'abandonnant au mépris par la condition misérable de sa vie et de sa naissance. Voilà, mes Frères, quels sont les degrés par lesquels le Dieu incarné descend de son trône. Il vient premièrement à notre nature, par la nature à l'infirmité, de l'infirmité aux disgrâees et aux injures de la fortune : c'est ce que vous avez remarqué par ordre dans les paroles de mon Évangile.

Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus important, ni ce qui m'étonne le plus. Je confesse que je ne puis assez admirer cet abaissement de mon Maître : mais j'admire encore beaucoup davantage qu'on me donne cet abaissement comme un signe pour reconnoître en lui le Sauveur du monde : a Et hoc vobis signum, » nous dit l'ange. Votre Sauveur est né aujourd'hui, et voici la marque que je vous en donne : Un enfant revêtu de langes, couché dans la crèche; c'est-à-dire comme nous l'avons déjà expliqué, courez à cet enfant nouvellement né, vous y trouverez : qu'y trouverons-nous? Une nature semblable à la vôtre, des infirmités telles que les vôtres, des misères au-dessous des vôtres. « Et hoc vobis signum. » Reconnoissez à ces belles marques qu'il est le Sauveur qui vous est promis

t. Ps. vin, g.

Quel est ce nouveau prodige? que peut servir à notre foiblesse que notre médecin devienne infirme, et que notre libérateur se dépouille de sa puissance? Est-ce donc une ressource pour des malheureux, qu'un Dieu en vienne augmenter le nombre? Ne semble-t-il pas, au contraire, que le joug qui accable les enfants d'Adam est d'autant plus dur et inévitable, qu'un Dieu même est assujetti à le supporter? Cela seroit vrai, mes Frères, si cet état d'humiliation étoit forcé . s'il y étoit tombé par nécessité, et non pas descendu par miséricorde. Mais comme son abaissement n'est pas une chute, mais une condescendance : * Des- «i cendit ut levaret, non cecidit ut jaceret ' ; » et qu'il n'est descendu à nous que pour nous marquer les degrés par lesquels nous pouvons remonter à lui, tout l'ordre de sa descente fait celui de notre glorieuse élévation; et nous pouvons appuyer notre espérance abattue sur ces trois abaissements du Dieu-homme.

Est-il bien vrai ? le pouvons-nous croire ? quoi! les bassesses du Dieu incarné, sont-ce des marques certaines qu'il est mon Sauveur? Oui, fidèle, n'en doute pas; et en voici les raisons solides qui feront le sujet de cet entretien. Ta nature étoit tombée par ton crime; ton Dieu l'a prise pour la relever : tu languis au milieu des infirmités; il s'y est assujetti pour les guérir : les misères du monde t'effrayent; il s'y est soumis pour les surmonter et rendre toutes ses terreurs inutiles. Divines marques, sacrés caractères par lesquels je connois mon Sauveur, que ne puis-je vous expliquer à cette audience avec les sentiments que vous méritez! Du moins efforçons-nous de le faire, et commençons à montrer dans es premier point que Dieu prend notre nature pour la relever.

PREMIER POINT

Pour comprendre solidement de quelle chute le Fils de Dieu nous a relevés, je vous prie de considérer cette proposition que j'avance : qu'en prenant la nature humaine, il nous rend la liberté d'approcher de Dieu, que le péché nous avoit ôtée. C'est là le fondement du christianisme, qu'il est nécessaire que vous entendiez, et que je me propose aussi de vous expliquer. Pour cela, remarquez, Fidèles, une suite étrange de notre ruine : c'est que depuis cette malédiction qui fut prononcée contre nous après le péché, il est demeuré dans l'esprit des hommes une certaine frayeur des choses divines, qui non-seulement De leur permet pas d'approcher avec confiance de Dieu, de cette majesté souveraine; mais encore qui les épouvante devant tout ce qui paroît de surnaturel. Les exemples en sont communs dans les saintes Lettres. Le peuple dans le désert appréhende d'approcher de Dieu, de peur qu'il ne meure2. Les parents de Samson disent : <r Nous mourrons de mort, car nous avons vu le Seigneur3. » Jacob, après cette vision admirable, crie tout effrayé : « Que ce lieu est terrible ! vraiment c'est ici la maison de Dieu 4 ! » a Malheur à moi ! dit le prophète Isaïe,

1. S. Aug. Tract, cvi;, m Joan., n. 5, t. III, part, n, c. 670.

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