Joan. xii, 48. — 2. // Cor. v, io
la crainte de Dieu : » a Scientes ergo, timorem Domîni hominibus a suademus '. » Sachant combien ce jugement est certain, combien il est rigoureux, combien il est inévitable, nous venons de bonne heure vous y préparer; nous venons vous proposer les lois immuables sur lesquelles votre vie sera jugée, par lesquelles votre cause sera décidée, et vous mettre en main les articles sur lesquels vous serez interrogés, afin que vous commenciez, pendant qu'il est temps, à méditer vos réponses.
Que si vous pensez peut-être que l'on sait assez ces vérités saintes, et que les fidèles n'ont pas besoin qu'on les en instruise; c'est donc en vain, Chrétiens, que Dieu se plaint hautement, par la bouche de son prophète Isaïe, que non-seulement les infidèles et les étrangers, mais « son peuple, » oui, son peuple même, « est mené captif pour n'avoir pas la science : » « Captivus ductus est populus meus, eo quod non a. habeat scientiam2. » Mais parce qu'on pourroit se persuader que la troupe n'est pas fort grande, parmi les fidèles, de ceux qui périssent faute de connoître; il assure au contraire qu'elle est si nombreuse, que « l'enfer est obligé de se dilater et d'ouvrir sa bouche démesurément pour l'engloutir, la recevoir : » « Propterea dilatavit infernus ani- « mam suam, et aperuit os suum absque ullo termino3. » Et de peur qu'on ne s'imagine que ceux qui périssent ainsi faute de science, ce sont les pauvres et les simples qui n'ont pas les moyens d'apprendre; il déclare en termes formels, et je puis bien le dire après cet oracle, que ce sont les puissants, les riches, les grands et les princes mêmes, qui négligent presque toujours de se faire instruire, et de leurs obligations particulières, et même des devoirs communs de la piété; qui ne savent presque jamais comme il faut leurs obligations particulières, et qui tombent par le défaut de cette science, pêle-mêle avec la foule, dans les abîmes éternels : a Et descendent fortes ejus et populus ejus, a et sublimes gloriosique ejus ad eum 4. »
Non-seulement, Chrétiens, souvent nous ignorons les vérités saintes; mais même nous les combattons par des sentiments tout contraires. Vous êtes surpris de cette parole; et peut-être me répondez-vous dans votre cœur que vous n'avez point d'erreur contre la foi, que vous n'écoutez pas ces docteurs de cour, qui font des leçons publiques de libertinage, et établissent de propos délibéré des opinions dangereuses. Je loue votre piété dans une précaution si nécessaire; mais ne vous persuadez pas que vous soyez pour cela exempts de l'erreur. Car il faut entendre, Messieurs, qu'elle nous gagne en deux sortes : quelquefois elle se déborde à grands flots, comme un torrent, et nous emporte tout à coup; quelquefois elle tombe peu à peu, et nous corrompt goutte à goutte. Je veux dire que quelquefois un libertinage déclaré lenverse d'un grand effort les principes de la religion; quelquefois une force plus cachée , comme celle des mauvais exemples et des pratiques du grand monde, en sape les fondements par plusieurs coups redoublés et par un progrès insensible. Ainsi vous n'avancez rien de n'avaler