Ephes. jv
sur cette parole de saint Paul : a Ne croyez pas qu'il suffise de s'êtn; renouvelé une fois; il faut renouveler la nouveauté même ' : » car, au point où vous croyez avoir assez fait, l'orgueil, qui vous surprendra, vous fera tout perdre, et vos forces seront dissipées par le repos qui relâchera votre attention. Ne proférez donc jamais cette parole indigne d'une bouche chrétienne : Je laisse la perfection aux religieux et aux solitaires, trop heureux d'éviter la damnation éternelle. Non, non. vous vous abusez : qui ne tend point à la perfection, tombe bientôt dans le vice; qui grimpe sur une hauteur, s'il cesse de s'élever par un continuel effort, est entraîné par la pente même, et son propre poids le précipite ; c'est pourquoi toute l'Écriture nous défend de nous arrêter un seul moment. Si, selon l'apôtre saint Paul^, la vie vertueuse est une course, il faut, comme cet apôtre, s'avancer toujours, oublier ce qu'on a fait, courir sans relâche, et n'imaginer de repos qu'à la fin de la carrière, où le prix de la course nous attende « Si la vie vertueuse est une milice, » comme dit le saint homme Job*; ou, comme parle saint Paul, a une lutte continuelle * » contre un ennemi également attentif et fort : se ralentir tant soit peu, après même l'avoir atterré, c'est lui faire reprendre ses forces; et une victoire mal poursuivie ne devient pas moins funeste, par l'événement, qu'une bataille perdue.
Dans la guerre qu'avoit David contre la maison de Saûl, écoutez ce que remarque le texte sacré, a David croissoit tous les jours, et s'élevoit de plus en plus au-dessus de lui-même; au contraire la maison de Saùl alloit toujours décroissant, » et ses forces se diminuoient : « David proficiscens et semper seipso robustior, domus autem Saul a decrescens quotidie*. » Quel fut donc l'événement de cette guerre? Événement heureux à David, dont le trône fut affermi pour jamais; mais événement funeste au malheureux Isboseth et à la maison de Saul, qui se vit bientôt sans ressource. Isboseth, qui se négligea, et jamais ne s'aperçut qu'il diminuoit parce qu'il diminuoit peu à peu, à la fin demeure sans force. Ses soldats l'abandonnent; Abner, qui soutenoit le parti et par ses conseils et par sa valeur, se donne à son ennemi; le malheureux prince est assassiné dans son lit par des parricides à qui sa mollesse fit tout entreprendre : et pour avoir négligé dimiter David, qui croissoit touj urs, à force de déchoir il se trouva, sans y penser, au fond de l'abîme. Chrétien, qui ne veux pas t'élever sans cesse dans le chemin de la vertu, voilà ta figure : tout ce que tu avois de bons désirs te quittera l'un après l'autre, et ta perte est infaillible.
Éveillez-vous donc. Chrétiens, comme l'ange disoit au prophète, éveillez-vous, et marchez; « car vous avez encore à faire un grand voyage : » « Grandis enim tibi restât via'. » Cette voie, dit saint Augustin, veut a des hommes qui marchent toujours : •> « Ambulantes