S. Grcg.. Epist. lib. V, Epist. Liv, tom. II, col
494 SERMON SUR L'uNITÊ
mencements de division et de trouble. Que de granaeur et que de beauté! mais que de force, que de majesté, que de vigueur dans l'Église ! Car ne croyez pas que je parle d'une beauté superficielle qui trompe les yeux. La vraie beauté vient de la santé : ce qui rend l'Église forte, la rend belle; son unité la rend belle, son unité la rend forte. Voyons donc dans son unité et sa beauté et sa force : heureux si, l'ayant vue belle premièrement dans son tout, et ensuite dans la partie à laquelle nous nous trouvons immédiatement attachés, nous travaillons à finir jusqu'aux moindres dissensions qui pourroient défigurer une beauté si parfaite. Ce sera le fruit de ce discours, et c'est sans doute le plus digne objet qu'on puisse proposera un si grand auditoire.
PREMIER POINT
J'ai, Messieurs, à vous prêcher un grand mystère; c'est le mystère de l'unité de l'Église. Unie au dedans par le Saint-Esprit, elle a encore un lien commun de sa communion extérieure, et doit demeurer unie par un gouvernement où l'autorité de Jésus-Christ soit représentée. Ainsi l'unité garde l'unité: et sous le sceau du gouvernement ecclésiastique l'unité de l'esprit est conservée. Quel est ce gouvernement? quelle en est la forme? Ne disons rien de nous-mêmes : ouvrons l'Évangile; l'Agneau a levé les sceaux de ce sacré livre, et la tradition de l'Église a tout expliqué.
Nous trouvons dans l'Évangile que Jésus-Christ voulant commencer le mystère de l'unité dans son Église, parmi tous ses disciples en choisit douze; mais que voulant consommer le mystère de l'unité dans la même Église, parmi les douze il en choisit un. « Il appela ses disciples, » dit l'Évangile' : les voilà tous; « et parmi eux il en choisit douze. » Voilà une première séparation, et les apôtres choisis, a Et voici les noms des douze apôtres : le premier est Simon qu'on appelle Pierre^ » Voilà, dans une seconde séparation, saint Pierre mis à la tête, et appelé pour cette raison du nom de Pierre, « que Jésus-Christ, dit saint Marc', lui avoit donné; » pour préparer, comme vous verrez , l'ouvrage qu'il méditoit, d'élever tout son édifice sur cette pierre.
Tout ceci n'est encore qu'un commencement du mystère de l'unité. Jésus-Christ, en le commençant, parloit encore à plusieurs : a Ailez, prêchez, je vous envoie : » a Ite, praedicate, mitto vos^ :» mais quand il veut mettre la dernière main au mystère de l'unité, il ne parle plus à plusieurs; il désigne Pierre personnellement et par le nouveau nom qu'il lui a donné : c'est un seul qui parle à un seul : Jésus Cnrist Fils de Dieu à Simon fils de Jonas : Jésus-Christ qui est la vraie pierre, et fort par luimême, à Simon qui n'est Pierre que par la force que Jésus-Christ lui communique : c'est à celui-là que Jésus-Christ parle; et en lui parlant il agit en lui, et y imprime le caractère de sa fermeté : « Et moi, dit-il*, je te dis à toi : Tu es Pierre, et, ajoute-t-il, sur cette pierre
1. Luc. VI, 43. — 2. Matth. X, 2. — 3. Marc, m, 16. — 4. Matth. x, 6, 7, 16. 4. Matth. XVI, 18.
DE l'Église. 495
j'établirai mon Église, v.t, conclut-il, les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Pour le préparer à cet honneur, Jésus-Christ, qui sait que la foi qu'on a en lui est ie fondement de son Église, inspire à Pierre une foi digne d'être le fondement de cet admirable édifice : « Vous êtes le Christ, Fils de Dieu vivant'. » Par cette haute prédication de la foi, il s'attire Tinviolable promesse qui ie fait le fondement de l'Église. La parole de Jésus-Christ, qui de rien fait ce qu'il lui plaît, donne cette force à un mortel. Qu'on ne dise point, qu'on ne pense point que ce ministère de saint Pierre finisse avec lui : ce qui doit servir de soutien à une Église éternelle ne peut jamais avoir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs; Pierre parlera toujours dans sa chaire : c'est ce que disent les Pères; c'est ce que confirment six cent trente évèqnes au concile de Chalcédoine^.
Jésus-Christ ne parle pas sans effet. Pierre portera partout avec lui, dans cette haute prédication de la foi, le fondement des Églises; et voici le chemin qu'il lui faut faire. Par Jérusalem, la cité sainte où Jésus-Christ a paru, où a l'Église devoit commencer ^ » pour continuer la succession du peuple de Dieu, où Pierre par conséquent devoit être longtemps le chef de la parole et de la conduite, d'où il alloit visitant les Églises persécutées*, et les confirmant dans la foi; où il falloit que le grand Paul, Paul revenu du troisième ciel, le vînt voir* : non pas Jacques, quoiqu'il y fût; un si grand apôtre, «frère du Seigneur*, » évêque de Jérusalem, appelé le Juste, et également respecté par les chrétiens et par les juifs : ce n'étoit pas lui que Paul devoit venir voir; mais il est venu voir Pierre, et le voir selon la force de l'original, comme on vient voir une chose pleine de merveilles et digne d'être recherchée, «le contempler, l'étudier, dit saint Jean Chrysostome', et le voir comme plus grand aussi bien que plus ancien que lui, » dit le même Père : le voir néanmoins, non pour être instruit, lui que Jésus-Christ instruisoit lui-même par une révélation si expresse; mais afin de donner la forme aux siècles futurs, et qu'il demeurât établi à jamais que quelque docte, quelque saint qu'on soit, fût-on un autre saint Paul, il faut voir Pierre : par cette sainte cité et encore par Antioche, la métropolitaine de l'Orient; mais ce n'est rien, la plus illustre Église du monde, puisque c'est là que le nom de chrétien a pris naissance : vous l'avez lu dans les Actes»; Église fondée par saint Barnabe et par saint Paul, mais que la dignité de Pierre oblige à le reconnoître pour son premier pasteur, l'histoire ecclésiastique en fait foi : où il falloit que Pierre vînt, quand elle se fut distinguée des autres par une si éclatante profession du christianisme, et que sa chaire à Anlioche fit une solennité dans les Églises : par ces deux villes, illustres dans l'Éj^lise chrétienne par des caractères si