‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 205 sur 221 · S. Opt. Mil., 1. II, n. d, pag. 29, edit · texte numérisé non relu

S. Opt. Mil., 1. II, n. d, pag. 29, edit

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la chaire d'unité leur minquoit • mais la chaire de pestilenoâ ue pi.t, subsister, ni avoir de succession auprès de la chaire de vérité. Les manichéens se cachèrent quelque temps dans cette Église' : les y découvrir seulement, a été les en bannir pour jamais. Ainsi les hérésies ont pu y passer, mais non pas y prendre racine. Qne, contre la coutume de tous leurs prédécesseurs, un ou deux souverains pontifes, ou par violence, ou par surprise, n'aient pas assez constamment soutenu ou assez pleinement expliqué la doctrine de la foi, consultés de toute la terre, et répondant durant tant de siècles à toutes sortes de questions de doctrine, de discipline, de cérémonies, qu'une seule de leurs réponses se trouve notée par la souveraine rigueur d'un concile œcuménique, ces fautes particulières n'ont pu faire aucune impression dans la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend les eaux n'y laisse pas moins de vestiges de son passage. C'est Pierre qui a failli, mais qu'un regard de Jésus ramène aussitôt*; et qui, avant que le Fils de Dieu lui déclare sa faute future, assuré de sa conversion, reçoit Tordre de a confirmer ses frères ^ : >. et quels frères? les apôtres, les colonnes mêmes : combien plus les siècles suivants ! Qu'a servi à l'hérésie des monothélites d'avoir pu surprendre un pape? i'anathème qui lui a donné le premier coup n'en est pas moins parti de cette chaire, qu'elle tenta vainement d'occuper; et le concile sixième ne s'en est pas écrié avec moins de force : « Pierre a parlé par Agathon*. » Toutes les autres hérésies ont reçu du même endroit le coup mortel. Ainsi l'Église romaine est toujours vierge; la foi romaine est toujours la foi de l'ÊgHse; on croit toujours ce qu'on a cru; la même voix retentit partout; et Pierre demeure dans ses successeurs le fondement des fidèles. C'est Jésus-Christ qui l'a dit; et le ciel et la terre passeront, plutôt que sa parole.

Mais voyons encore en un mot la suite de cette parole. Jésus-Christ poursuit son dessein; et après avoir dit à Pierre, éternel prédicateur de la foi : a Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église*, » il ajoute : a et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » Toi qui as la prérogative de la prédication de la foi, tu auras aussi les clefs qui désignent l'autorité du gouvernement : « ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel; et ce que tu délieras sv^r la terre, sera délié dans le ciel. » Tout est soumis à ces clefs; tout, mes Frères, rois et peuples, pasteurs et troupeaux : nous le publions avec joie; car nous aimons l'unité, et nous tenons à gloire notre obéissance. C'est à Pierre qu'il est ordonné premièrement « d'aimer plus que tous les autres apôtres, » et ensuite a de paître :« et gouverner tout, « et les agneaux et les brebis*, » et les petits et les mères, et les pasteurs mêmes : pasteurs à l'égard des peuples, et brebis à l'égaid de Pierre, ils honorent en lui Jésus-Christ, confessant aussi qu'avec raison on lui demande un plus grand amour, puisqu'il a plus de dignité avec

1. s. Léo., serra, xli, c. v, — 2. Luc. xxii, 61, — 3. Ibid., 32. 4. Conc. Cont. ni, gen. vi ; Serra, acclam. ad Irap., Act.xwu, tom. VI, Conc. col 1053.

',. Mattb. XVI, 18, 19. — 6. Joan. xxi, 15, 16, 17.

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plus de charge; et que parmi nous, sous la discipline d'un maître tel que le nôtre, il faut, selon sa parole, «que le premier soit comme lui, pai la charité, le serviteur de toug les autres'. »

Ainsi saint Pierre parott le premier en toutes manières : le premier à confesser la foi', le premier dan-s Tobligation d'exercer l'amour»; le premier de tous les apôtres qui vit Jésus-Christ ressuscité des morts <, comme il en devoit être le premier témoin devant tout le peuple*; le premier quand il fallut remphr le nombre des apôtres*, le premier qui confirma la foi par un miracle ', le premier à convertir les Juifs% le premier à recevoir les gentils' : le premier partout; mais je ne puis pas tout dire. Tout concourt à établir sa primauté; oui, mes Frères, tout, jusqu'à ses fautes, qui apprennent à ses successeurs à exercer une si grande puissance avec humilité et condescendance. Car Jésus-Christ est le seul pontife qui, au-dessus, dit saint Paul'», du péché et de l'ignorance, n'a pu ressentir la foiblesse humaine que dans la mortalité, ni apprendre la compassion que par ses souffrances. Mais les pontifes ses vicaires, qui tous les jours disent avec nous, « pardonnez-nous nos fautes, >> apprennent à compatir d'une autre manière, et ne se glorifient pas du trésor qu'ils portent dans uij vaisseau si fragile.

Mais une autre faute de Pierre donne une autre leçon à toute l'Église. Il en avoit déjà pris le gouvernement en main quand saint Paul lui dit en face, qu'il» ne marchoit pas droitement selon l'Évangile '*, » parce qu'en s'éloignant trop des Gentils convertis , il mettoit quelque espèce de division dans l'Église. Il ne manquoit pas dans la foi, mais dans la conduite : je le sais; les anciens l'ont dit, et il est certain. Mais enfin saint Paul faisoit voir à un si grand apôtre qu'il manquoit dans la conduite"' : et encore que cette faute lui fût commune avec Jacques, il ne s'en prend pas à Jacques; mais à Pierre qui étoit chargé du gouvernement, et il écrit la faute de Pierre dans une épître qu'on devoit lire éternellement dans toutes les Églises avec le respect qu'on doit à l'autorité divine : et Pierre, qui le voit, ne s'en fâche pas; et Paul, qui l'écrit, ne craint pas qu'on l'accuse d'être vain. Ames célestes, qui ne sont touchées que du bien commun; qui écrivent, qui laissent écrire, aux dépens de tout, ce qu'ils croient utile à la conversion des Gentils et à l'instruction de la postérité 1 II falloit que dans un pontife aussi éminent que saint Pierre, les pontifes ses successeurs apprissent à prêter l'oreille à leurs inférieurs, lorsque, beaucoup moindres que saint Paul, et dans de moindres sujets, ils leur parleroient avec moins de force, mais toujours avec le même dessein de pacifier l'Église. Voilà ce que saint Cyprien", saint Augustin ^< et les autres Pères ont remarqué dans cet exemple de saint Pierre. Admirons, après ces grands hommes, dans l'humilité, l'ornement le plus néces-

1. Marc. T, 44. — 2. Matth. xvi, 16. — 3. Joan. xxi et seq. - 4. / Cor. xv, S. 5. Art. n, 14. — 6. Ibid., i, 15. — 7. Ibid., m. 6, 7. — 8. Ibid., ii, 14. 9. Ibid.. X. — 10. Heb. n, 17, 18; rv, 15 ; vn, 26. — 11. Gai. u, li, 14. 12. Ibid., 11. — 13, S. Cypr., epist. lxxi, p. 127 14. S. Aug., ep. ixxmat n. 22, tom. Il, col. 198.

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saire des grandes places, et quelque chose de plus vénérable dans la modestie que dans tous les autres dons, et le monde plus disposé à l'obéissance, quand celui à qui on la doit obéit le premier à la raison; et Pierre qui se corrige, plus grand, s'il se peut, que Paul qui le reprend.

Suivons; ne vous lassez point d'entendre le grand mystère qu'une raison nécessaire nous oblige aujourd'hui de vous prêcher. On veut de la morale dans les sermons; et on a raison, pourvu qu'on entende que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme. Ce que je vous prêche, «je vous le dis, est un grand mystère en Jésus-Christ et en son Église'; » et ce mystère est le fondement de cette belle morale qui unit tous les chrétiens dans la paix, dans l'obéissance et dans l'unité catholique.

Vous avez vu cette unité dans le saint Siège : la voulez-vous voir dans tout l'ordre et dans tout le collège épiscopal? Mais c'est encore en saint Pierre qu'elle doit paroître, et encore dans ces paroles : « Tout ce que tu lieras, sera lié; tout ce que tu délieras, sera délié*. » Tous les papes et tous les saints Pères l'ont enseigné d'un commun accord. Oui, mes Frères, ces grandes paroles, où vous avez vu si clairement la primauté de saint Pierre, ont érigé les évêques, puisque la force de leur ministère consis\e à lier ou à délier ceux qui croient ou ne croient pas à leur parole. Ainsi cette divine puissance de lier et de délier est une annexe nécessaire, et comme le dernier sceau de la prédication que Jésus-Christ leur a confiée; et vous voyez en passant tout l'ordre de la juridiction ecclésiastique. C'est pourquoi le même qui a dit à saint Pierre : « Tout ce que tu lieras sera lié, tout ce que tu délieras sera délié , » a dit la même chose à tous les apôtres; et leur a dit encore : « Tous ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; et tous ceux dont vous retiendrez les péchés, ils leur seront retenus*.» Qu'est-ce que lier, sinon retenir? et qu'est-ce que délier, sinon remettre? et le même qui donne à Pierre cette puissance, la donne aussi de sa propre bouche à tous les apôtres, « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi, dit-il, je vous envoie*. x> On ne peut voir ni une puissance mieux établie, ni une mission plus immédiatu : aussi soufde-t-il également sur tous; il répand sur tous le .môme esprit avec ce souftle, en leur disant: «Recevez le Saint-Esprit; ceux dont vous remettrez les péchés, ils «eront remis • : » et le reste que nous avons récité.

C'étoit donc manifestement le dessein de Jésus-Christ de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il vouloit mettre dans plusieurs : mais la suite ne renverse pas le commencement, et le premier ne perd pas sa place. Cette première parole, « Tout ce que tu lieras,» dite à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira : « Tout ce que vous remettrez; » car les promessei de Jésus-Christ, aussi bien que ses dons, sont sans repentance; et ce

t. Epfies. v, 32.-2. Matth. wr, 19. — 3. Matth. xvnr, 18. 4. ioan. XX, 23. — ». Ibid., 2f. ~ 6. Ibid., 22. 23.

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qui est une fois donné indéfiniment et universellement, est irrévoca- We : outre que ia puissance donnée à plusieurs porte sa restriction dans son partage; au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tous, et sans exception, emporte la plénitude; et n'ayant à se partager avec aucun autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle. C'est pourquoi nos anciens docteurs de Paris, que je pourrois ici nommer avec honneur, ont tous reconnu d'une même voix, dans la chaire de saint Pierre, la plénitude de la puissance apostolique : c'est un point décidé et résolu; mais ils demandent seulement qu'elle soit réglée dans son exercice par les canons, c'est-à-dire par les lois communes de toute l'Église : de peur que, s'élevant au-dessus de tout, elle ne détruise elle-même ses propres décrets.

Ainsi le mystère est entendu, tous reçoivent la même puissance, et tous de la même source; mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue : car Jésus-Christ se communique en telle mesure qu'il lui plaît, et toujours de la manière la plus convenable à établir l'unité de son Église. C'est pourquoi il cormuence par le premier, et dans ce premier il forme le tout ; et lui-même il développe avec ordre ce qu'il a mis dans un seul. « Et Pierre, dit saint Augustin ', qui, dans l'honneur de sa primauté, représentoit toute l'Église, reçoit aussi le premier et le seul d'abord les clefs qui dans la suite dévoient être communiquées à tous les autres % » afin que nous apprenions, selon la doctrme d'un saint évêque de l'Église gallicane 3, que l'autorité ecclésiastique, premièrement établie en la personne d'un seul, ne s'est répandue qu'à condition d^tre toujours ramenée au principe de son unité; et que tous ceux qui auront à l'exercer, se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire.

C'est cette chaire romaine tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté, comme à l'envi, « la principauté de la chaire apostolique, la principauté principale, la source de l'unité, et dans la place de Pierre î'éminent degré de la chaire sacerdotale; l'Église mère, qui tient en main la conduite de toutes les autres Églises; le chef de Tépiscopat d'où part le rayon du gouvernement; la chaire principale, la chaire unique en laquelle tous gardent l'unité. » Vous entendez dans ces mots saint Optât, saint Augustin, saint Cyprien, saint Irénée, saint Prosper, saint Avite, saint Théodoret, le concile de Ghalcédoine, et les autres; l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie; l'Orient et l'Occident unis ensemble* : et voilà, sans préjudice des lumières divines, extraordinaires et surabondantes, et de la puissance proportionnée à de si grandes lumières, qui étoit pour les premiers temps dans les apôtres, premiers fondateurs de toutes les Églises chrétiennes, voilà, dis-je,

i. s. Aug., in Joan, Tract, cxxrv, tom. III, part, n, col. 822.

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