l Cor. I, 20.,— 2. Ibid
sujet de cet entretien. Il est simple, je vous l'avoue; mais je bénirai cette simplicité, si, dans la croix de Jésus, je puis vous montrer l'origine des admirables qualités du pieux Bernard : c'est ce que j'attends de la grâce du Saint-Esprit, si vous vous rendez soumis et attentifs à sa sainte parole. Commençons avec l'assistance divine, et entrons dans la première partie.
PREMIER POINT
Si j'ai été assez beureux pour vous faire entendre ce que je viens de vous dire, vous derez avoir remarqué que le Sauveur, pendu à la croix, nous enseigne le m-épris du monde d'une manière très-puissante et très-efficace. Car si Jésus crucifié est le Fils et les délices du Père, s'il est son unique et son bien-3.imé, et le seul objet de sa complaisance; si d'ailleurs, selon notre façon de juger des choses, il est de tous les mortels le plus abandonné et le plus misérable; le plus grand selon Dieu, et le plus méprisable selon les hommes : qui ne voit combien nous sommes trompés dans l'estime que nous faisons des biens et des maux; et que les choses qui ont parmi nous l'applaudissement et la vogue, sont les dernières et les plus abjectes : et c'est ce qui inspire, jusqu'au fond de l'âme, le mépris du monde et des vanités à ceux qui sont savants dans la croix du Sauveur Jésus, où la pompe et les fausses voluptés de la terre ont été éternellement condamnées. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul, considérant Jésus-Christ sur ce bois infâme : Ah! dit-il, «je suis crucifié avec mon bon Maître, d Je le vois, je le vois sur la croix, dépouillé de tous les biens que nous estimons, accablé à l'extrémité de tout ce qui nous afflige et qui nous effraye. Moi qui le crois la sagesse même, j'estime ce qu'il estime; et dédaignant ce qu'il a dédaigné, je me crucifie avec lui, et rejette de tout mon cœur les choses qu'il a rejetées : « Christo confixus sum cruci'. »
Tel est le sentiment d'un vrai chrétien; mais que cette vérité est dure à nos sens ! Qui la pourra comprendre, Fidèles, si Jésus même ne l'imprime en nos cœurs? C'est ainsi qu'il se plaît à nous commander des choses auxquelles toute la nature répugne, afin de faire éclater sa puissance dans notre foiblesse : et pour animer nos courages, il nous propose des personnes choisies, à qui sa grâce a rendu aisé ce qui nous paroissoit impossible. Or, parmi les hommes illustres dont l'exemple enflamme nos espérances, et confond notre lâcheté, il faut avouer que l'admirable Bernard tient un rang très-considérabie. Ln gentilhomme, d'une race illustre, qui voit sa maison en crédit, et ses proches dans les emplois importants; à qui sa naissanee, son esprit, ses richesses promettent une belle fortune, à l'âge de vingt-deux ans renoncer au monde avec autant de détachement que le fit saint Bernard, vous semble-t-il. Chrétiens, que ce soit un effet médiocre de la toute-puissance divine? S'il l'eût fait dans un âge plus avancé, peutêtre que le dégoût, l'embarras, les ennuis et les inquiétudes qui se rencontrent dans les affaires, l'auroient pu porter à ce changement.