‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 73 sur 221 · Joan. rv, 14, — 2. T Cor. vu, 31. — 3. Joan. i · texte numérisé non relu

Joan. rv, 14, — 2. T Cor. vu, 31. — 3. Joan. i

et ses coups redoublés sans fin leur seront d'éternels reproches de ses grâces méprisées. Ainsi toujours vivants et toujours mourants, immortels pour leurs peines, trop forts pour mourir, trop foibles pour supporter, ils gémiront éternellement sur des lits de flammes, outrés de furieuses et irrémédiables douleurs. Et poussant parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils porteront à jamais le poids infini de tous les sacrements, de toutes les grâces rejetées; non moins pressés, non moins accablés des miséricordes de Dieu, que de l'excès intolérable de ses vengeances.

Tremblez donc, tremblez. Chrétiens, parmi ces grâces immenses, parmi ces bienfaits infinis qui vous environnent. Les saintes prédications sont un poids terrible : les saints sacrements, les inspirations, les exemples bons et mauvais qui nous avertissent chacun à leur manière, le silence môme d'un Dieu, sa patience, sa longanimité, son attente; ô le poids terrible I tous les mouvements de la grâce sont d'un poids terrible pour nous. Il n'y a rien à négliger dans notre vie. Notre destinée, notre état, notre vocation ne souffrent rien de médiocre. Tout nous sert ou nous nuit infiniment. Chaque moment de notre vie, chaque respiration, chaque battement de notre pouls, si je puis parler de la sorte, chaque éclair de notre pensée a des suites éternelles. L'éternité d'un côté, et l'éternité de l'autre. Si vous suivez fidèlement l'instinct de la grâce, l'éternité bienheureuse y est attachée. Si vous manquez à la grâce, une autre éternité vous attend, et vous méritez un mal étemel, pour avoir perdu volontairement un bien qui le pouvoit être.

TROISIÈME POINT

Il reste à considérer la troisième peine dont Dieu menace son peuple rebelle, laquelle il a plu au Saint-Esprit de nous exprimer en ces paroles que je répète encore une fois : a. Puisque vous n'avez pas voulu servir le Seigneur votre Dieu dans la joie et l'allégresse de votre cœur, au milieu de l'abondance de toutes sortes de biens; vous servirez à votre ennemi que le Seigneur enverra contre vous, dans la faim, dans la soif, dans la nudité, et dans un extrême besoin de toutes choses; et cet ennemi mettra sur vos épaules un joug de fer par lequel vous serez brisés*, -d C'est-à-dire, comme nous l'avons déjà expliqué, vous n'avez pas voulu vivre sous un empire doux et légitime; vous serez justement soumis à une durn et insupportable tyrannie.

Deux conditions de l'empire de Dieu nous sont ici exprimées : il n'y en a point de plus légitime, il n'y en a point de plus doux. Vous n'avez pas voulu servir Dieu votre Seigneur; et certes il n'y a point de Seigneur dont le droit .soit mieux établi, ni le titre plus légitime. Il nous a faits, il nous a rachetés : nous sommes par la création l'œuvre de ses mains, par la rédemption le prix de son sang; par la création «68 sujets, par la rédemption ses enfants. Nous sommes son bien,

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