‹ Œuvres choisies de Bossuet (volume 3)Chapitre 75 sur 221 · Ezech. xxxn, 22, 24, 26, 31. — 2. Rituel · texte numérisé non relu

Ezech. xxxn, 22, 24, 26, 31. — 2. Rituel

pour insinuer plus sûrement dans les cœurs, le poison le plus délicat et le plus dangereux. On ne connoît plus de luxe. A la simplicité de cet habit blanc dont tu as été revêtu , tu substitues des ornements tout profanes ? ah ! tu reprends les marques et les enseignes du monde. Il faut retrancher du baptême cette cérémonie si sainte, si ancienne, si apostolique.

Les œuvres, c'est l'iniquité. « L'œuvre des esprits de ténèbres, c'est de renverser l'homme : i> « Operatio eorum est hominis eversio '. » Tu y contribues toi qui corromps les principes de la religion et de la crainte de Dieu par ces dangereuses railleries : toi qui nous affranchis de l'humble soumission aux objets de la foi, comme d'une crédulité vaine : toi qui fortifies la pudeur contre la crainte du crime : toi qui envenimes ces reproches qui allument le feu de la vengeance : vous y concourez, vous, qui n'étalez pas seulement avec vanité et ostentation, mais qui armez, pour ainsi dire, cette beauté corruptrice de l'innocence.

Ils nous dominent, ces esprits de malice, par les passions d'attache. L'avarice fait qu'on ne distingue plus ce bien mal acquis, confondu avec votre patrimoine. L'ambition, fatiguée des longueurs, prend les voies abrégées et qui sont le plus souvent criminelles. L'impudicité, ah ! qu'ils la poussent loin ! Et dans cet esprit de libertinage on reconnoît une force étrangère.

Ainsi nous avons relevé ce trône abattu et redressé cet empire d'iniquité, corrompu le baptêsne, effacé la croix de Jésus imprimée sur notre front, rejeté cette onction sainte, cette onction royale qui nous avoit faits des rois, des christs et des oints de Dieu; profané le corps et le sang de Jésus-Christ; nous peut-être, l'ordre et le sacerdoce. Enfin tous les mystères du christianisme sont devenus le jouet des démons. Nul christianisme en nos mœurs.

Aussi a le Seigneur enverra-t-il Satan contre nous, » revêtu de tous les droits de Dieu contre les pécheurs : « Quem immittettibi Dominus-.» Dieu l'établit notre souverain; il le met en sa place; il lui donne, pour ainsi dire, toute sa puissance. Étranger, qui nous tirera de notre patrie; usurpateur, qui ne fera que ravager; esclave révolté, qui ne donnera point de bornes à son insolence. « Nous étions nés pour être rois ; » « Fecisti nos Deo nostro reges et sacerdotes ^ » et nous préférons d'être assujettis au tyran le plus impitoyable.

Revenez, Jérémie, renouvelez vos gémissements. 0 saint prophète de Dieu! seul capable d'égaler les lamentations aux calamités, venez déplorer encore une fois le sanctuaire souillé, la maison de Dieu profanée. 0 Haereditas nostra versa est ad aliènes, domus nostrae ad extraa neos : » « Notre héritage est passé à ceux d'un autre pays, et nos maisons à des étrangers. 35 a Servi dominati suut nostri : » « Des esclaves nous ont dominés. » « Cecidit corona capitis nostri : vae nobis, a quia peccavimus * !» « La couronne est tombée de notre tête : mal-

1. Ter., Apol.^ n. 22. — 2. Deut. xxvni, 48. — 3. Àpoc. v, 10. k. Thren. v, 2, 8, 16.

heur à nous parce que nous avons péché ! » <r Aperuerunt super te os « suum omnes inimici tui : sibilaverunt et fremuerunt dentibus suis, (t et dixeruQt : Devorabimus : en ista est dies quam expectabamus : inoc venimus, vidimus' : » <r Tous vos ennemis ont ouvert la bouche contre vous, ils ont sifflé, ils ont grincé les dents et ils ont dit : Nous les dévorerons; voici le jour que nous attendions, nous l'avons trouvé, nous l'avons vu. » oc Fecit Dominus quae cogitavit... : laetifîcavit super a te inimicum et exaltavit cornu hostium tuoruni' : » a Le Seigneur a fait ce qu'il avoit résolu; il vous a rendu la joie de vos ennemis et il a relevé la force de ceux qui vous haïssoient. »

Nous ne rougirons pas de porter des fers, nous que Jésus-Christ a faits rois ! Nous jetons aux pieds de Satan la couronne que le Sauveur a mise sur nos têtes. « Vas nobis, quia peccavimus : » « Malheur à nous, parce que nous avons péché. » Disons-le du moins du fond de nos cœurs, ce « Vae, » ce Maiheur à nous. Renouvelons les vœux de notre baptême : Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres. Femme mondaine, consentez à plutôt choquer que de plaire trop; d'être plutôt méprisée que vaine et superbe; plutôt seule et abandonnée que trop chérie et trop poursuivie. Où est l'eau pour nous baptiser ? Ah 1 plongeons-nous dans l'eau de la pénitence, dans ce baptême de larmes, dans ce baptême de sang, dans ce baptême laborieux. Plongeons-nous-y, n'en sortons jamais, jusqu'à ce que Jésus nous appelle à sa gloire, ou nous conduise, etc.

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