Apoc. xx
4. Epiph. haer. xlvi, pag. 390, etc.; Theod., tom. IV; Hxr. fab. 20, pag. 208k 9. Theod., ibid., c. 24. — 6. // Thess. it, 7.
vu; et jamais erreur n'avoit plus longtemps troublé l'Eglise, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque, par Péminente doctrine de sainl Augustin, et par les soins de saint Léon et de saint Gélase, elle fut éteinte dans tout l'Occident et dans Rome même où elle avoit tâché de s'établir, on voit enfin arriver le terme fatal du « déchaînement de Satan. Mille ans » après que a ce fort armé eût été lié » par Jésus-Christ venu au monde ', l'esprit d'erreur revient plus que jamais : les restes du manichéisme trop bien conservés en Orient se débordent sur l'Église latine. Qui nous empêche de regarder ces malheureux temps comme un des termes du déchaînement de Satan, sans préjudice des autres sens plus cachés? Si pour accomplir la prophétie il ne faut que «• Gog et Magog2, » Nous trouverons dans l'Arménie près de Samosate la province nommée Gogarène où demeuroient les pauliciens, et nous trouverons Magog dans les Scythes dont les Bulgares sont sortis3. C'est de là que sont venus ces ennemis innombrables de la « cité sainte \» par qui l'Italie est attaquée la première. Le mal est porté en un instant jusqu'à l'extrémité du Nord; une étincelle allume un grand feu; l'embrasement s'étend presque par toute la terre. On y découvre partout le venin caché : avec le manichéisme, l'arianisme et toutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarres et inouïs. A peine peut-on éteindre ce feu durant trois à quatre cents ans , et on en voyoit encore des restes au quinzième siècle.
Après qu'il n'en reste plus que la cendre, le mal ne finit pas pour cela. Satan avoit mis dans la secte impie de quoi renouveler l'incendie d'une manière plus dangereuse que jamais. La discipline ecclésiastique s'étoit relâchée par toute la terre ; les désordres et les abus portés jusqu'aux environs de l'autel faisoient gémir les bons, les humilioient, les pressoient à se rendre encore meilleurs; mais ils firent un autre effet dans les esprits aigres et sUperbes. L'Église romaine, la mère et le lien des Églises, devint l'objet de la haine et de tous les esprits indociles : des satires envenimées animent le monde contre le clergé; l'hypocrite manichéen en fait retentir tout l'univers, et donne le nom d'Antéchrist à l'Église romaine : car c'est alors qu'est née cette pensée, parmi les ordures du manichéisme, et au milieu des précurseurs de l'Antéchrist même. Ces impies s'imaginent paroltre plus saints, en disant qu'il faut être saint pour administrer les sacrements. L'ignorant vaudois avale ce poison. On ne veut plus recevoir les sacrements par des ministres odieux et décriés : a le filet se rompt5 » de tous côtés, et les schismes se multiplient. Satan n'a plus besoin du manichéisme : la haine contre l'Église s'est répandue. La damnable secte a laissé une engeance semblable à elle, et un principe de schisme trop fécond. N'importe que les hérétiques n'aient pas la même doctrine : l'aigreur et la haine les dominent, et les réunissent contre l'Église; c'en est assez. Le vaudois ne croit pas comme Palbigois; mais, comme l'albigeois, il hait l'Église, et se publie le seul saint, le seul ruinistre des sacrements. Viclef ne croit
{. Apoc. xx, 2 3, 7; Matth. xn, 29; Luc. xi, 21, 22, — 2. Apoc. xx, 7, 8. 3. Boch. Phal., lib. III, }?.. * - 4. Apoc., ibid. —5. Luc. v. 6.
pas comme les vaudois; mais Viclef publie, comme les vaudois, que le pape et tout son clergé est déchu de toute autorité par ses dérèglements. Jean Hus ne croit pas comme Viclef, quoiqu'il l'admire : ce qu'il en admire le plus, et ce qu'il en suit presque uniquement, c'est que les crimes font perdre l'autorité. Ces petits bohémiens prirent cet esprit, comme on a vu; et ils le rirent paroître principalement, lorsqu'ils osèrent, une poignée d'hommes ignorants, rebaptiser toute la terre.
Mais une plus grande apostasie se préparoit par le moyen de ces sectes. Le monde rempli d'aigreur, enfante Luther et Calvin, qui cantonnent la chrétienté. Les tours sont différents, mais le fond est le même : c'est toujours la haine contre le clergé et contre l'Église romaine, et nul homme de bonne foi ne peut nier que ce n'ait là été la cause visible de leur progrès étonnant. Il falloit se réformer : qui ne le reconnoît? Mais il étoit encore plus nécessaire de ne pas rompre. Ceux qui prêchoient la rupture étoient-ils meilleurs que les autres? Ils en faisaient le semblant, et c'étoit assez pour tromper et « gagner comme la gangrène, » selon l'expression de saint Paul !. Le monde vouloit condamner et rejeter ses conducteurs : cela s'appelle réforme. Un nom spacieux éblouit les peuples; et pour exciter la haine, ou n'épargne pas la calomnie : ainsi notre doctrine est défigurée; on la hait devant que de la connoître.
Avec de nouvelles doctrines on bâtit de nouveaux Corps d'Église. Les luthériens et les calvinistes font les deux plus grands : mais ils ne peuvent trouver dans toute la terre une seule Église qui croie comme eux, ni d'où ils puissent tirer une mission ordinaire et légitime. Les vaudois et les albigeois, que quelques-uns nous allèguent, ne servent de rien. Nous venons de les faire voir de purs laïques, aussi embarrassés de leur envoi et de leur titre que ceux qui ont recours à eux. On sait que ces hérétiques toulousains ne sont jamais parvenus jusqu'à tromper aucun prêtre. Les prédicateurs des vaudois sont des marchands, des gens de métier, des femmes mêmes. Les bohémiens n'ont pas une meilleure origine, comme nous l'avons prouvé; et lorsque les prolestants nous allèguent toutes ces sectes, ce n'est pas leurs auteurs qu'ils nous nomment, mais leurs complices.
Mais peut-être que s'ils ne trouvent pas dans ces sectes la suite des personnes, ils y trouveront la suite de la doctrine. Encore moins : semblables par certains endroits aux hussites, par d'autres aux vaudois, par d'autres aux albigeois et aux autres sectes, il les démentent en d'autres articles. Ainsi sans rencontrer rien qui soit uniforme, et prenant de côté et d'autre ce qui paroîtles accommoder, sans suite, sans unité, sans prédécesseurs véritables, ils remontent le plus haut qu'ils peuvent. Ils ne sont pas les premiers à rejeter les honneurs des saints, ni les oblations pour les morts. Ils trouvent avant eux des corps d'Église de cette même croyance sur ces deux points. Les bohémiens les recevoient : mais on a vu que ces bohémiens cherchèrent en vain dès asso-