Apoc. XVII
l'empire papal, il doit être court. Or on prétend que selon saint Jean il doit durer du moins douze cent soixante ans, autant de temps, comme le confesse notre nouvel interprète , a que tous les autre» gouvernements ensemble '. » Ce n'est donc pas l'empire papal dont il s'agit.
Mais c'est, dit-on, que devant Dieu a mille ans, » comme dit saint Pierre2, « ne sont qu'un jour. » Le beau dénoûment! Tout est également court aux yeux de Dieu, et non-seulement le règne du septième roi, mais encore le règne de tous les autres. Or saint Jean vouloit caractériser ce septième roi en le comparant avec les autres; et son règne devoitêtre remarquable par la brièveté de sa durée. Pour faire trouver ce caractère dans le gouvernement papal, qui ne voit qu'il ne suffise pas qu'il soit court devant Dieu, devant qui rien n'est durable? Il faudroit qu'il fût court à comparaison des autres gouvernements; plus court par conséquent que celui des tribuns militaires, qui ont à peine subsisté trente à quarante ans; plus court que celui des décemvirs, qui n'en ont duré que deux; plus court du moins que celui des rois, ou des consuls, ou des empereurs, qui ont rempli le plus de temps par leur durée. Mais, au contraire, celui que saint Jean a caractérisé par la brièveté de sa durée, non-seulement dure plus que chacun des autres, mais encore dure plus que tous les autres ensemble : quelle absurdité plus manifeste ! et n'est-ce pas entreprendre de rendre les prophéties ridicules que de les expliquer de cette sorte?
Mais disons un mot des dix rois sur lesquels notre interprète croit triompher, après Joseph Mède 3. C'est lorsqu'il nous fait paroître, 1. les Bretons, 2. les Saxons, 3. les François, 4. les Bourguignons, 5. les Visigoths, 6. les Suèves et les Alains, 7. les Vandales, 8. les Allemands, 9. les Ostrogoths en Italie où les Lombards leur succèdent, 10. les Grecs. Voilà dix royaumes bien comptés, dans lesquels l'empire romain s'est divisé au temps de sa chute. Sans disputer sur les qualités, sans disputer sur le nombre, sans disputer sur les dates, voici du moins une chose bien constante; c'est qu'aussitôt que ces dix rois paroissent, saint Jean leur fait donner «leur autorité et leur puissance à la bête4. » Nous l'avouerons, disent nos interprètes, et c'est aussi où nous triomphons ; car c'est là « ces dix rois vassaux et sujets que l'empire antichrétien, » c'est-à-dire l'empire pontifical, « a toujours eus sous lui pour l'adorer, et maintenir sa puissance >. «Voilà une convenance merveilleuse : mais, je vous prie, qu'ont contribué à établir l'empire papal, des rois ariens, tels qu'étoient les Visigoths et les Ostrogoths, les Bourguignons et les Vandales; ou des rois païens, tels qu'étoient alors les François et les Saxons? Est-ce là ces dix rois vassaux de la papauté, qui ne sont au monde que pour l'adorer? Mais quand est-ce que les Vandales et les Ostrogoths ont adoré les papes? Est-ce sous Théodoric et ses successeurs, lorsque les papes vi voient