Conc. Trid. sess., 6. can
trants pour l'avoir niée. Quand ils se croient calomniés, ils savent bien s'en plaindre. Ils se plaignent, par exemple, à la fin de leur synode, de ce que leurs ennemis, entre autres les remontrants, les accusent « de faire Dieu auteur du péché; de lui faire réprouver les nommas sans aucune vue du péché ; de lui faire précipiter les enfants des 'fidèles dans la damnation, sans que toutes les prières de l'Église, ni même le baptême, les en puissent retirer '. » Que ne disent-ils de même qu'on les accuse à tort d'admettre la certitude de l'inamissibilité dont nous parlons? Il est vrai qu'ils disent dans ce même lieu qu'on les accuse « d'inspirer aux hommes une sécurité charnelle, en disant qu'aucun crime ne nuit au salut des élus, et qu'ils peuvent en toute assurance commettre les plus exécrables. » Mais est-ce assez s'expliquer pour des gens à qui l'on demande une réponse précise ? Ne leur suffit-il pas, pour s'échapper, d'avoir reconnu des crimes, par exemple « ce péché à mort, et contre le Saint-Esprit, 35 quel qu'il soit, où les élus et les vrais fidèles ne tombent jamais? Et s'ils vouloient que les autres crimes fussent autant incompatibles avec la vraie foi et l'état de grâce, n'auroient-ils pas pu le dire en termes exprès, au lieu qu'en termes exprès ils décident le contraire ?
Concluons donc que des trois articles dans lesquels nous avons fait consister la justification calvinienne2, les deux premiers, qui étoient déjà insinués dans les Confessions de foi3, c'est-à-dire la certitude absolue de la prédestination, et l'impossibilité de déchoir finalement de la foi et de la grâce une fois reçue, sont expressément définis dans le synode de Dordrect; et que le troisième article, qui consiste à savoir si le vrai fidèle pouvoit du moins perdre quelque temps, et tant qu'il vivoit dans le crime, la grâce justifiante et la vraie foi4, quoiqu'il se fût exprimé eu aucune Confession de foi, est semblablement décidé selon la doctrine de Calvin et l'esprit de la nouvelle réforme.
On peut encore connoître le sentiment de tout le synode par celui du célèbre Pierre Dumoulin, ministre de Paris: c'étoit assurément, de l'aveu de tout le monde, le plus rigoureux calviniste qui fût alors, eï le plus attaché à la doctrine que Gomar soutenoit contre Arminius. Il envoya à Dordrect son jugement sur cette matière, qui fut lu et approuvé de tout le synode, et inséré dans les actes. Il déclare qu'il n'avoit pas eu le loisir de traiter toutes les questions ; mais il établit tout le fond de la doctrine du synode, lorsqu'il décide que nul n'est justifié que celui qui est glorifié5 : par où il condamne les arminiens en ce qu'ils enseignent a qu'il y a des justifiés qui perdent Vi foi et sont damnés6; et encore plus clairement dans ces paroles7 : « Quoique le doute du salut entre quelquefois dans l'esprit des vrais fidèles, Dieu commande néanmoins dans sa parole que nous en soyons assurés; et il faut tendre de toutes ses forces à cette certitude, où il ne faut pas