‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 182 sur 210 · Réplique, Hy, VI, Préf., p · texte numérisé non relu

Réplique, Hy, VI, Préf., p

pape ne peut être notée d'aucune censure, ni d'héiésie, ni d'erreur, ni même de témérité1.

On voit par là que les doctrines qui ne sont pas appuyées sur une tradition constante et perpétuelle ne peuvent prendre racine dans l'Église, puisqu'elles ne font point partie de sa Confession de foi, et que ceux mêmes qui les enseignent, les enseignent comme leur doctrine particulière, et non pas comme la doctrine de l'Église catholique. Rejeter la primauté et l'autorité du saint-siége avec cette salutaire modération, c'est rejeter le lien des chrétiens, c'est être ennemi de l'ordre et de la paix, c'est envier à l'Église le bien que Mélanchthon même lui a souhaité 2.

Après les choses qu'on vient de voir, il n'y a plus rien maintenant qui puisse empêcher nos réformés de se soumettre à l'Église; le refuge d'Église invisible est abandonné : il n'est plus permis d'alléguer pour le défendre les obscurités de l'Église judaïque; les ministres nous ont relevé du soin d'y répondre , en démontrant clairement que le vrai culte n'a jamais été interrompu, pas même sous Achaz et sous Manassès3 : la société chrétienne , plus étendue selon les conditions de son alliance, a été encore plus ferme; et on ne peut plus douter de la perpétuelle visibilité de l'Église catholique.

Ceux de la Confession d'Augsbourg sont encore plus obligés à la reconnoître que les calvinistes : l'Église invisible n'a trouvé de place ni dans leur Confession de foi, ni dans leur Apologie, où nous avons vu au contraire l'Église, dont il est parlé dans le Symbole, revêtue d'une perpétuelle visibilité; et il faut, selon ses principes, nous pouvoir montrer une assemblée composée de pasteurs et de peuple, où la saine doctrine et les sacrements aient toujours été en vigueur.

Tous les arguments qu'on faisoit contre l'autorité de l'Église se sont évanouis. Céder à l'autorité de l'Église universelle, ce n'est plus agir à l'aveugle, ni se soumettre à des hommes ; puisqu'on avoue que ces sentiments sont la règle, et encore la règle la plus sûre pour décider les vérités les plus importantes de la religion. On convient que si on eût suivi cette règle, et qu'on se fût proposé d'entendre l'Écriture sainte selon qu'elle étoit entendue par l'Église universelle, il n'y auroit jamais eu de sociniens; jamais on n'auroit entendu révoquer en doute avec la divinité de Jésus-Christ l'immortalité de l'âme , l'éternité des peines, la création, la prescience de Dieu, et la spiritualité de son essence : choses qu'on croyoit si fermes parmi les chrétiens, qu'on ne pensoit pas seulement qu'on en pût jamais douter; et qu'on voit maintenant attaquées avec des raisonnements si captieux, que beaucoup de foibles esprits s'y laissent prendre. On convient que l'autorité de l'Église universelle est un remède infaillible contre ce désordre. Ainsi l'autorité de l'Église, loin d'être, comme on le disoit dans la Réforme, un moyen d'introduire parmi les chrétiens toutes les doctrines qu'on veut, est au

1. Duvall-, Elench., p. 9 ; 2 Tract. De :up. rom. pont. pofe«f.,part. 2 q. i ; p. k, q. 7, 8.

2. Ci-devant, liv. IV, liv. V ; Mel. De potest. pontif., p. 6.

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