‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 184 sur 210 · CONTRE L'HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

CONTRE L'HISTOIRE DES VARIATIONS

Le Christianisme flétri et le Socinianisme autorisé par ce ministre,

Mes chers frères,

Dieu qui permet les « hérésies2, pour éprouver » la foi de ses serviteurs, permet aussi par la suite du même conseil, qu'il y ait des hommes hardis, artificieux, « errants, et jetant les autres dans l'erreur3; »qui sachent donner au mensonge de belles couleurs; que le peuple croie invincibles, parce qu'ils ne se rendent jamais à la vérité, infatigables à disputer et à écrire; et d'autant plus triomphants en apparence, qu'ils sont plus évidemment convaincus.

Mais il leur arrive, comme aux criminels, que plus ils multiplient leurs discours dans une aveugle confiance d'éblouir leurs juges, plus ils se coupent et se contredisent; ainsi en est-il de ces docteurs de mensonge, à qui saint Paul a aussi donné ce caractère, « qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement4. »

C'est ce qui paroît manifestement par les continuelles variations des hérésies, qui ne cessent de se condamner elles-mêmes en innovant tous les jours, et en tombant d'absurdités en absurdités; en sorte qu'on voit bientôt, comme d t le même saint Paul, que ceux qui en entreprennent la défense, a n'entendent, ni ce qu'ils disent eux-mêmes, ni les choses dont ils parlent avec assurance5. » En effet, plus ils sont hardis à décider, plus i»s montrent qu'ils n'entendent pas ce qu'ils disent. Ce qui pousse à la fin à de tels excès, que * îeur folie est connue à tous, » selon la prédication du même apôtre6; et c'est alors qu'on peut espérer avec lui, « qu'ils ne passeront pas plus avant, » et que l'excès de l'égarement sera la marque du terme où il devra prendre fin : a Ils n'iront pas plus loin, » dit ce grand apôtre, et ils cesseront de tromper les peuples, parce que a leur folie sera manifeste à toute la terre. »

Ne vous fâchez pas, mes frères, si j'entreprends de vous taire voir que ces caractères marqués par saint Paul, paroissent manifestement

1. Toutes les fois que Bossuet renvoie à un passage de Jurieu, il faut le chercher dans la dernière lettre citée entre parenthèses dans le texte.

2. / Cor. xi, 19. — 3. // Tim. m, 13. — k. TU. m, 11,-5. / Tim. i, 7. 6. II Tim. m, ».

au milieu de vous. Le seul qui s'y fait entendre depuis tant d'années, et à qui, par un si grand silence, tous les autres semblent laisser la défense de votre cause, c'est le ministre Jurieu, qui outre qu'il est revêtu de toutes les qualités qui donnent de l'autorité dans un parti, ministre, professeur en théologie, écrivain fameux parmi les siens, qu; seul, par ses prétendues Lettres pastorales, exerce la fonction de pasteur dans un troupeau dispersé; ajoute à tous ces titres celui de prophète, par la témérité de ses prédictions : mais en même temps \\ n'avance que des erreurs manifestes; il favorise les sociniens; il auto lise le fanatisme, il n'inspire que la révolte, sous prétexte de flattei la liberté; sa politique met la confusion dans tous les états : au reste, il n'y a personne contre qui il parie plus que contre lui-même, tant sa doctrine est insoutenable; et il vous pousse si loin, qu'il est temps enfin d'en revenir.

Cinq ou six avertissements semblables à celui-ci le convaincront de tous ces excès. Vous lui allez voir aujourd'hui déchirer les siècles les plus purs, flétrir le christianisme dès son origine, soutenir les sociniens, montrer le salut dans leur communion; et pour défendre la Réforme contre les variations dont on l'accuse, effacer toute la gloire de l'Église et de la doctrine chrétienne.

J'avois donné pour fondement à l'Histoire des Variations, que varier dans l'exposition de la foi, « étoit une marque de fausseté et d'inconséquence dans la doctrine exposée1; » que l'Église n'avoit aussi jamais varié dans ses décisions : et qu'au contraire les protestants n'avoient cessé de le faire dans leurs actes, qu'ils appellent symboliques, c'est-à-dire dans leurs propres Confessions de foi, et dans les décrets les plus authentiques de leur religion2. Sans qu'il soit besoin de défendre ce que j'avance sur le sujet des protestants, il faut bien que ces messieurs se sentent coupables des variations dont je les accuse; autrement il n'y auroit eu qu'à convenir avec nous de la maxime générale, et se défendre sur l'application qu'on en fait à la doctrine protestante. Mais, mes Frères, ce n'est pas ainsi qu'on procède. Ce que votre ministre trouve insupportable (Lettre vi) , c'est que j'aie osé avancer que la foi ne varie pas dans la vraie Église, et que « la vérité venue de Dieu a d'abord sa perfection3. » Ce ministre fait l'étonné, comme si j'avois inventé quelque nouveau prodige, et non pas répété fidèlement ce qu'ont dit nos Pères, que la doctrine catholique est celle « qui est toujours et partout: Quod ubique, quod semper : » c'est ce que disoit le docte Vincent de Lérins4, une des lumières du quatrième siècle; c'est ce qu'il avoit posé pour fondement de ce célèbre Avertissement où il donne le vrai caractère de l'hérésie, et un moyen général pour distinguer la saine doctrine d'avec la mauvaise. Le5 orthodoxes avoient, comme lui, toujours raisonné sur ce beau principe, les hérétiques mêmes n'avoient jamais osé le rejeter ouvertement, et l'obscurcissoient plutôt qu'ils ne le nioient : mais lorsque je l'avance

Page 1