CONTRE L'HISTOIRE DES VARIATIONS
la Réforme convaincue d'erreur et d'impiété par ce ministre,
Vous avez vu, mes chers frères, selon ma promesse, dans un premier Avertissement, le christianisme flétri, et le socinianisme autorisé par votre ministre. Vous avez été étonnés de ce qu'il a dit en faveur d'une secte qui se vante d'avoir porté la Réforme à perfection, en niant la divinité du Fils de Dieu, et en affoiblissant tout le christianisme. Mais cessez de vous arrêter à tant de choses étranges, que vous avez vu qu'il a avancées sur le sujet des sociniens : il en a dit de plus essentielles contre lui-même et contre toute la Réforme; puisqu'il l'a chargée d'erreurs capitales, et dans son commencement, et dans son progrès. Il en a dit encore de plus importantes en faveur de l'Église catholique, puisqu'il a dit qu'on peut se sauver dans sa communion. Il a dit tout cela, mes frères : vous l'ai lez voir dans la dernière évidence. Il a nié de l'avoir dit : vous ne le verrez pas moins clairement. Il ne s'agit pas de conséquences que je veuille tirer de sa doctrine : ce sont des termes formels pour l'affirmative, et formels pour la négative, que j'ai à vous rapporter; c'est-à-dire qu'il y a des vérités contraires à la Réforme, et favorables à l'Eglise, si claires qu'un ministre ne les a pu nier; et à la fois si décisives contre lui, qu'il a honte de les avoir avouées. Si à ce coup vous n'ouvrez les yeux, vous les aurez bien assoupis. Commençons.
Écoutez-le , mes chers frères, c'est lui qui parle dans la dixième Lettre de cette année, et la cinquième de celles qu'il oppose aux Variations. Il s'agit d'une addition au livre xiv, qui a jeté M. Jurieu dans d'étranges emportements. « Si, dit-il, cette addition est importante, c'est à faire voir le caractère de M. Bossuet : car il est vrai que rien n'est plus propre \ le faire reconnoître dans le monde pour un déclamateur sans honneur et sans sincérité. » Voici la cause de ces reproches, a On trouve, continue-t-il, dans cette belle addition, que je suis demeuré d'accord que Luther, dans son livre De servo arbitrio, avoit employé des termes trop durs au sujet de la nécessité qui repose sur la volonté : et lout ce que j'ai conclu, c'est que l'on ne doit pas condamner les gens sur des expressions dures, quand les sentiments dans le fond sont innocents, et qu'on doit se tolérer dans ces expressions. » Il poursuit : « On trouvera dans cette addition ces paroles pleines de calomnies, et
indignes d'un homme d'honneur : M. Jurieu a raison d'avouer de bonne foi des réformateurs en général, qu'ils ont enseigné que Dieu poussoit les pécheurs aux crimes énormes. M. Jurieu n'a point avoué cela; et M. Bossuet rendra compte quelque jour devant Dieu d'une imposture aussi fausse et aussi maligne. »
Mais s'il craignoit ce jugement de Dieu où il m'appelle, il songeroit qu'un jour on y récitera ces paroles, où traitant la paix avec les luthériens !, après leur avoir reproché que leurs premiers réformateurs, c'est-à-dire Mélanchthon et Luther même, ont approuvé, du moins par leur silence, les écrits de Calvin, ceux de Zuingle, ceux de Zanchius, que les luthériens d'aujourdhui accusent de ce détestable particula- ;sme, comme ils l'appellent, qui ôte le libre arbitre et fait Dieu auteur du péché; il continue ainsi son discours: « Mais ce n'est pas seulement par leur silence, ou par l'approbation, que vos réformateurs ont été de durs prédestinateurs, et ont enseigné en paroles expresses, et encore des plus dures, le particularisme, la prédestination et la réprobation, avec une nécessité qui provient de la force des décrets. Que Mélanchthon paroisse le premier: c'est de lui qu'est cette parole que nos calomniateurs ont tant relevée, que l'adultère de David, et la trahison de Judas, n'est pas moins l'œuvre de Dieu que la conversion de saint Paul. »
Il cite en marge le commentaire de cet auteur sur le chapitre vin aux Romains, où il est vrai qu'on trouve en autant de mots cet exécrable blasphème. Sont-ce donc là seulement des paroles dures, comme M. Jurieu avoue qu'il en a lui-même imputé aux premiers réformateurs; ou, comme nous le disons, une doctrine abominable? Il continue: a Mais on lisoit ces paroles dans les premières éditions des Lieux communs de Mélanchthon : La divine prédestination ôte la liberté à l'homme; car tout arrive selon ses décrets dans toutes les créatures: et non-seulement les œuvres extérieures, mais encore les pensées intérieures. » Tout arrive selon les décrets de Dieu, et au dedans et au dehors de l'homme: par conséquent toutes ses pensées bonnes et mauvaises, et autant ses crimes que ses bonnes œuvres: et de peur qu'on ne crût que Mélanchthon eût enseigné ces blasphèmes sans l'aveu de Luther, M. Jurieu ajoute: « Luther a vu cela, et il a approuvé le livre de Mélanchthon, jusqu'à le juger digne non-seulement de l'immortalité, mais encore d'être inséré parmi les Écritures canoniques. » Il cite, pour le prouver, le livre du Serf arbitre de Luther, où il est vrai que se trouve cette approbation très-expresse des blasphèmes de Mélanchthon; et pour ne laisser aux luthériens aucun moyen de s'échapper, il se fait cette objection: «Mais, dites-vous, Mélanchthon a rétracté cette opinion dans les éditions suivantes de ses Lieux communs, au titre De la cause du péché. Il est vrai, il l'a rétractée, et avec raison; car qui pourroit souffrir cette parole qui détruit toute religion: que la divine prédestination ôte à l'homme son libre arbitre? » Voilà l'objection proposée, et Mélanchthon bien convaincu d'avoir enseigné une impiété manifeste